Agone, N° 43, 2010 : Comment le genre trouble la classe PDF

Une réorganisation et une clarification du contenu paraissent nécessaires. L’adhésion au Parti nazi de Martin Heidegger, philosophe allemand, en 1933, est l’objet de agone, N° 43, 2010 : Comment le genre trouble la classe PDF passionnés. Quels sont les enjeux politiques de sa philosophie ?


Il est rare que l’épouse soit la seule femme qui réalise,  » hors marché « , le travail domestique au sens large : bonnes et prostituées, pour ne citer qu’elles, souvent migrantes, interviennent également, contre une rémunération plus ou moins sonnante et trébuchante. Cela implique-t-il pour autant que la classe des femmes n’existe pas, parce que les antagonismes entre  » Madames  » et migrantes sans papiers l’auraient fait voler en éclats ? Ce serait aussi simpliste que de penser que le prolétariat est un concept dépassé parce qu’on trouve en son sein des contremaîtres. La classe des femmes existe dans la mesure où existe une très nette division sexuelle du travail, qui exige des unes qu’elles réalisent le travail de reproduction sociale et qui en exempte les membres de la classe des hommes. Et il convient d’observer un organisateur du travail beaucoup plus à même de dresser des stratégies à moyen et long terme : l’Etat, en tant qu’agent des logiques d’accumulation de capital.

Heidegger est considéré comme ayant appartenu à la mouvance de la  révolution conservatrice  anti-libérale proche du nazisme. Le parti nazi ne considérait de toute façon pas Heidegger comme un militant fiable, il suspectait son œuvre et ses cours qu’il ne comprenait pas, jusqu’à l’empêcher d’enseigner en 1944. Les Français en 1945 ne feront que reconduire cette mesure en lui interdisant d’enseigner jusqu’en 1951. D’un autre côté, il remet en question l’idée que la démocratie serait  le meilleur système politique . J’aimerais beaucoup que tu te confrontes au livre d’Hitler, aussi faibles soient les chapitres autobiographiques du début. Il sera jugé en 1949 comme Mitläufer ou  suiveur  du nazisme, après plusieurs années d’instruction de son dossier.

L’implication de Heidegger sous le troisième Reich et l’influence des théories nazies sur sa pensée font l’objet d’interrogations et de débats nombreux et polémiques, particulièrement en France. Allemagne nazie – dont l’étude serait absolument nécessaire pour lire de manière éclairée l’œuvre du philosophe. Je croyais que Hitler, après avoir pris en 1933 la responsabilité de l’ensemble du peuple, oserait se dégager du Parti et de sa doctrine, et que le tout se rencontrerait sur le terrain d’une rénovation et d’un rassemblement en vue d’une responsabilité de l’Occident. Cette conviction fut une erreur que je reconnus à partir des événements du 30 juin 1934. De nombreux extraits de séminaires de Hedeigger inédits, de 1933 à 1935, cités et commentés par E. Faye tout au long de son essai, tendraient à démontrer l’hitlérisme de Heidegger. Cet essai a fait l’objet d’une violente polémique et de nombreux articles en France et à l’étranger de mars 2005 à septembre 2006, année de sa seconde édition, articles tous référencés dans cette dernière.

Heidegger une forme de « résistance spirituelle » au nazisme. Pour ne pas perdre de vue le climat de cette période du début des années 1930 en Allemagne, qui vit les nazis portés au pouvoir, et s’instruire de l’itinéraire philosophique et politique de Heidegger dans cette période trouble des commencements, suivie de la catastrophe, inimaginable et non anticipable en 1933, on se reportera ici principalement à la biographie intellectuelle du philosophe par Rüdiger Safranski. Et, quoi qu’il en soit,  les archives ne révéleront pas l’interprétation à donner de cet engagement . En 1933, Heidegger va prendre la charge de recteur de l’université de Fribourg, à laquelle on l’appelle. Il convient de lire les textes d’avant 1933 pour essayer de le situer politiquement. Pendant l’hiver 1932-1933, Heidegger se trouve en congé d’enseignement, retiré à la campagne où il étudie les présocratiques, quand il est fait appel à lui, car les conflits font rage à l’Université entre les anciens et les nouveaux qui veulent prendre le pouvoir : les nazis. Heidegger est donc élu, au moment, bref, où il va croire à l’avenir de ce mouvement.

Heidegger est appelé au secours par l’ancien recteur social-démocrate von Möllendorf. Heidegger s’imagine pouvoir spiritualiser le mouvement nazi qui commence — lui insuffler l’esprit qui lui manque — et le réorienter, en faire une œuvre de l’esprit : ce qui se lit dans le Discours du Rectorat — voir également à ce propos l’étude de Jacques Derrida  De l’esprit. La construction d’un nouvel ordre intellectuel était, selon lui, la mission de l’Université allemande. Il ne s’agit pas pour l’Université de fournir une formation professionnelle, mais de relever le niveau de spiritualité de l’Allemagne.

Cette essence de la science s’est manifestée chez les Grecs et a été perdue de vue sous l’effet de l’obscurcissement de l’être par le règne de l’étant. Heidegger croit qu’une défense radicale de la science, telle qu’il l’entend et la redéfinit, comme ouverture sur l’être et non en prise sur l’étant, est susceptible d’être le fer de lance de cet effort pour sauver l’Allemagne. En 1946, Jaspers reprend ses thèses sur la réforme de l’Université pour remédier au mal précédemment diagnostiqué : le morcellement en disciplines spécialisées, l’enseignement scolaire et l’impératif de professionnalisme, le développement de la bureaucratie administrative et la baisse du niveau des enseignements, ce sur quoi il s’accorde avec Heidegger. Safranski compare ce combat révolutionnaire via l’Université au mouvement étudiant de 1967-68. Une sorte de  révolution culturelle  en somme. Pour Heidegger, l’Université doit donner la ligne directrice de cette renaissance spirituelle.

Il regarde ailleurs, vers la Grèce ancienne, pour faire renaître une autre idée de la science et de la vérité. Diriger implique en tout état de cause que ne soit jamais refusé à ceux qui suivent le libre usage de leur force. Or suivre comporte en soi la résistance. Comment Heidegger se figurait la Révolution, c’est ce qui s’est clarifié pour moi lors d’un événement mémorable. Il avait été prescrit que soit organisée chaque mois, en vue de l’éducation politique, une conférence à laquelle tous les étudiants seraient astreints d’assister. Aucune salle de l’université n’étant assez grande, c’est la Salle Saint-Paul qui fut louée à cet effet. Je suis quasiment sûr qu’il s’agit d’un malentendu.