Au bord des fleuves qui vont PDF

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre. La Liseuse de Fragonard, vers 1770, conservée à la Au bord des fleuves qui vont PDF Gallery of Art, Washington. Le roman est un genre littéraire, caractérisé essentiellement par une narration fictionnelle. La place importante faite à l’imagination transparaît dans certaines expressions comme  C’est du roman !


«De livre en livre, Lobo Antunes affine sans cesse un langage d’une puissance inouïe qui fait de la douleur d’individus égarés au bord d’eux-mêmes le symbole même de la condition humaine.»
Hugo Pradelle, La Quinzaine littéraire
«Il faut entrer [dans l’écriture d’Antonio Lobo Antunes] et s’y laisser couler. Le rythme, alors, vous hante dès que vous y avez goûté.»
Florence Noiville, Le Monde des livres
«Lire la prose du plus grand écrivain portugais est une expérience rare, dérangeante et captivante à la fois. Comme un rêve éveillé. Comme entrer dans les ténèbres de Faulkner ou de Virginia Woolf.»
Bruno Corty, Le Figaro

Un homme est hospitalisé à Lisbonne : dans ses viscères, une bogue ne cesse de grossir en silence, que le médecin appelle cancer. La douleur, l’opération, les traitements le plongent dans un état second. Remontent alors à la surface des souvenirs enfouis depuis toujours, qui se bousculent et s’entremêlent. Furieux contre cette mort « terrible et comique » qui se moque de lui dans l’obscurité, humilié par sa déchéance physique, « monsieur Antunes du lit numéro onze » divague dans les méandres de sa mémoire et c’est alors tout le monde de son enfance qui se rappelle à lui, avec ses sons, ses odeurs, ses visages….
Tandis que médecins et infirmières défilent à son chevet, passé et présent se télescopent, et le voilà emporté, en compagnie de défunts décidément pleins de vie, vers la source du Mondego dans la montagne sauvage, couverte de pins et d’eucalyptus. Sur ses contreforts, il revisite le bourg et la maison de ses grands-parents, la mine de wolfram et l’hôtel des Anglais… Alors que le mal « aboie dans son ventre », ce passé ravivé est comme un garde-corps, le seul peut-être à pouvoir l’empêcher de tomber dans « le ravin » qui s’ouvre au bord de son lit d’hôpital.
Le livre, d’une brièveté assez rare chez Lobo Antunes, comprend quatorze chapitres, chacun portant comme titre une date allant du 21 mars au 4 avril 2007, autant de jours que le narrateur aura passés à l’hôpital. António Lobo Antunes ne se contente pas de passer d’un monde à l’autre, il amalgame passé et présent, au moment même où le narrateur semble promis à ne plus avoir d’avenir. Pour cela, il entrelace avec sa virtuosité coutumière les couches de temps, il livre mille et un récits, grimpe à toutes les branches des arbres généalogiques, invente une parentèle fournie, avec amis, voisins, vicaire et évêque, pharmacien et notaire, tout un monde peuplé de spectres hauts en couleurs.
Son écriture tantôt heurtée, tantôt fluide, est comme toujours extrêmement sensorielle. On entend sans cesse des échos, des rumeurs (comme celles qui proviennent de l’album de photos de famille), le cri des milans, des corneilles, des corbeaux, les trains qui passent au fond de la vigne, le glas qui sonne, les châtaigniers qui discourent toute la nuit sur « la façon qu’a la terre de nous mépriser », on sent le parfum des eucalyptus qui « épellent le vent autour de l’hôtel », des landes de bruyère…
Cette liberté et ce voisinage de l’émotion déchirante et des saillies comiques, formidablement ajustées, sont un des grands plaisirs que l’on ressent en lisant Lobo Antunes. Car il s’est évidemment refusé à tirer parti de la maladie dont il a bel et bien souffert pour se laisser dicter un changement de registre : les dates en tête de chapitres semblent là pour se moquer de ce qu’aurait pu être le journal pathétique d’un cancéreux à l’article de la mort.
Lobo Antunes, avec son style bouillonnant, foisonnant et indomptable, a mis le mal qui l’avait atteint au service d’une nouvelle exploration de la vie, une remontée vers la source de l’existence, vers les mystères et la « joie perdue » de l’enfance.

Né en 1942 à Lisbonne et issu de la grande bourgeoisie portugaise, António Lobo Antunes a fait des études de médecine et s’est spécialisé en psychiatrie, métier qu’il a exercé à l’hôpital Miguel Bombarda dans les années 1970-1980. Au début des années 1970, il a été envoyé en Angola où il a participé à la guerre coloniale, comme tous les jeunes hommes de sa génération. Auteur à ce jour de plus de vingt ouvrages traduits dans les principales langues et publiés pour la plupart chez Christian Bourgois éditeur, il est aujourd’hui l’une des grandes figures de la littérature contemporaine.

Depuis son apparition, le genre romanesque a connu de nombreuses évolutions formelles et mises en question, aussi bien dans sa réception publique que du fait des écrivains. Histoire et aussi avec la généralisation de l’apprentissage de la lecture par l’école et la diffusion imprimée. Toute tentative de définition satisfaisante du roman est étroitement liée à l’identification de ses origines. Ainsi, nombreux sont les théoriciens du roman qui ont cherché à appuyer leurs théories génériques sur des théories étymologiques.

Voilà pourquoi une entrée satisfaisante pour tenter de définir le terme de roman peut se trouver dans l’origine même de ce mot. Au Moyen Âge, l’usage du latin se restreint aux textes écrits tandis que les communications orales se font en langue romane. Le latin n’étant connu que d’une minorité de la population, constituée essentiellement de religieux et de lettrés, il faut alors transcrire ou écrire en langue romane certains textes afin de les rendre accessibles à un public plus large. Le terme se met à désigner progressivement un genre littéraire à part entière. Le terme commence alors à se rapprocher de son sens moderne, celui de récit fictif à épisodes centré autour d’un ou de plusieurs personnages. Le roman a tout d’abord été le récit d’une aventure fantastique, comprenant un personnage idéal vivant une aventure idyllique elle-même. Les livres étaient au début destinés aux nobles et non au peuple.