Cahiers internationaux de psychologie sociale PDF

Ce texte a servi de base à une conférence donnée le 10 mai 2000 à l’invitation de l’AME 75. Ce texte a d’abord été publié dans le numéro spécial de Septembre 2000 d’Étayages, la revue des associations d’enseignants spécialisés d’Île-de-France. 2004 sur le site des Cahiers Pédagogiques. Voir, en bas de cette page, en réaction cahiers internationaux de psychologie sociale PDF à ce texte, le témoignage, « légèrement désabusé », d’un ex-maître de classe de perfectionnement francilien.


J’ai choisi de centrer mon exposé, à contre-courant des idées en vogue depuis deux décennies, sur une certaine justification de l’existence de « vraies » classes spécialisées, c’est-à-dire de classes spécialisées relativement « fermées ». Mon intention n’est pas de contester l’intérêt des regroupements d’adaptation, mais seulement d’en montrer les limites. Pour résumer d’emblée ma position, le regroupement d’adaptation est certainement adapté à la prise en charge de difficultés scolaires « relatives », c’est-à-dire d’abord pas trop pesantes, mais aussi et surtout encore « débutantes ». Je n’ignore pas, bien entendu, l’existence des effets ségrégatifs de ce type de structures. C’est pourquoi j’ai évoqué d’emblée des classes spécialisées relativement fermées, comportant une part d’ouverture pour permettre à leurs élèves, et à leurs maîtres, de maintenir le lien avec les élèves ordinaires, et de se confronter aux exigences de la scolarisation ordinaire.

Les maîtres, pour leur part, avaient largement l’habitude de se confronter à des têtes dures. Cela faisait d’emblée clairement dans leur esprit partie de leurs missions. Ces hussards noirs de la République étaient formés dans l’idée que leur rôle central était d’aller évangéliser un peuple ignorant, de lui apporter les Lumières de la connaissance afin de l’arracher aux affres de l’obscurantisme catholique et monarchiste, pour asseoir ainsi les bases de la République. Le deuxième alinéa de l’article 4 de la loi de 1882 envisageait d’ailleurs à l’origine que la scolarisation obligatoire appelle parfois une dispense ou des modalités adaptées de scolarisation. Les politiques récentes ont tenté de contourner ces problèmes. En même temps que l’on a créé les réseaux d’aides, on a aussi organisé la scolarité en cycles tout en faisant la promotion de l’enseignement différencié. On a imaginé que le travail d’adaptation par le biais de la différenciation allait permettre d’éviter toute mise à l’écart, sauf pour les élèves les plus désavantagés, c’est-à-dire les handicapés stricto sensu.

La question est de savoir si tous les enfants peuvent trouver dans la classe ordinaire le degré d’adaptation pédagogique dont ils ont besoin, compte tenu de leurs écarts scolaires mais aussi socio-éducatifs. J’ai tendance à penser que les maîtres, quelles que soient leurs qualités professionnelles, ont beaucoup de mal à atteindre un tel degré de différenciation pédagogique, surtout vis-à-vis des enfants les plus « décalés ». Il est d’ailleurs dommage que, lors de cette fameuse réforme des cycles, on n’ait pas maintenu le projet initial de redoublement possible d’une année par cycle, ou de saut. C’était cependant beaucoup plus réaliste du point de vue de la prise en compte de la diversité des enfants. Dans les classes spécialisées fermées, en atténuant les exigences programmatiques, on permet à l’offre d’enseignement de s’adapter au niveau effectif des enfants, à ce que Vygotski nommait leur zone proximale de développement.

C’est d’ailleurs la justification initiale de l’enseignement spécialisé. Je crois par ailleurs que, pour qu’un enfant tire bénéfice de l’enseignement scolaire ordinaire, il faut qu’il dispose de ce que j’appelle une « autonomie psychique suffisante ». Il faut, au plus bas niveau de cette autonomie, que cet enfant soit capable de ne pas se sentir menacé lorsqu’il n’a plus, directement posé sur lui, le regard d’un adulte bienveillant. Pour en revenir à des termes pédagogiques, certains enfants ont énormément de mal à apprendre quoi que ce soit s’ils ne sont pas sous le regard immédiat et permanent de l’enseignant. Ils ont besoin d’une atmosphère relationnelle marquée par une très forte présence de l’adulte, très différente de celle que souhaitent les enfants ordinaires de la seconde enfance, qui s’efforcent au contraire à tenir les adultes à bonne distance.

L’autre idée que je voulais aborder, c’est l’enveloppement. Cela va plus loin que la simple idée de protection ou d’étayage, dont j’ai parlé à plusieurs reprises. Pour les plus mal construits des enfants, ce qui est prédominant, c’est ce besoin d’enveloppement. Il y a une dynamique d’évitement de tout ce qui est susceptible de blesser, de démolir, notamment chez les psychotiques.

Ce sont des enfants qui sont dans un vertige inimaginable dans les grands groupes. Il me semble que la mise à l’écart pour ces enfants constitue une sorte de passage obligé, parce qu’elle a pour eux plus valeur de protection que de ségrégation. Comme on peut douter que les enfants non handicapés en échec scolaire aient cessé d’exister, et même que leur nombre ait diminué, il faut bien qu’ils soient ailleurs. Pour ma part, connaissant bien, je crois, le mouvement pendulaire de la marche de l’Éducation nationale, je fais le pari que vos remarques seront une des bases de la réflexion de nos successeurs. En juin, ma classe ferme, comme toutes celles des Yvelines. Légèrement désabusé, je vais demander ma mise en retraite au titre de père de 3 enfants.