De l’exil aux tranchées 1901, 1914-1918 – Le témoignage des sœurs PDF

L’histoire du textile artificiel en Belgique commence avec le début de ce siècle. Jusqu’alors l’homme, pour se de l’exil aux tranchées 1901, 1914-1918 – Le témoignage des sœurs PDF, en était resté réduit aux fibres animales et végétales.


12 pages de cahiers photos.

À la suite de la loi de juillet 1901 sur les associations, dont le titre III visait spécialement les congrégations, puis de la loi de juillet 1904 leur interdisant tout enseignement, des milliers de religieux et notamment de sœurs enseignantes, car elles étaient les plus nombreuses, furent confrontés à la fermeture de leurs écoles et pensionnats. Ces faits sont connus. Mais l’histoire des institutions est une chose, l’histoire des personnes en est une autre. Si les documents administratifs et les chiffres abondent, les témoignages des sœurs directement concernées sont rares.

Ce livre est parti du constat de ce silence et de la volonté d’observer l’impact des décisions législatives au niveau de la micro-histoire: comment les communautés y ont-elles fait face ? Comment les sœurs, individuellement, ont-elles vécu leurs implications concrètes: la sécularisation, l’exil ou le changement de métier ? C’est à partir de documents de première main, extraits des archives d’une douzaine de congrégations féminines, que ce livre tente de donner la mesure du grand retournement opéré par des actrices méconnues de l’Histoire: celui des sœurs enseignantes hors-la-loi devenues des «demoiselles» au service de l’enseignement libre diocésain, ou bien gardes malades et catéchistes dans les paroisses, bonnes d’enfants dans des familles, voire ouvrières d’usine, ou bien encore nouvelles missionnaires, expatriées par la force des choses; celui de la fermeture des pensionnats transformés en hôpitaux militaires où les sœurs infirmières (ou devenues telles) soignèrent les soldats de la Grande guerre. De l’exil aux tranchées, de 1901 à 1914-1918, des sœurs témoignent…

Chantal Paisant, agrégée et docteur ès lettres, Maître de conférences à l’université Bordeaux 3, ancien doyen de la Faculté d’éducation de l’Institut catholique de Paris (1995-2004), a publié notamment Les années pionnières, journaux des premières missionnaires du Sacré-Cœur aux États-Unis, 1818-1823, Paris, Cerf, 2001; Litanie pour une nonne défunte, Cerf, 2003; La mission en textes et en images (dir.), Paris, Karthala, 2004; La mission au féminin (dir.), Turnhout, Brepols, 2009. Elle dirige la collection d’anthologies missionnaires, chez Brepols.

Cela allait changer bientôt grâce à un procédé de fabrication de textile artificiel mis au point par le Comte de Chardonnet dont un français, le Marquis de Baudry d’Asson acquit la licence en 1889 pour le monde entier. De 1889 à 1897, le procédé fait sa maladie et c’est un groupe d’industriels suisses à Spreintenbach près de Zurich qui en essuya les plâtres au travers d’une série de mésaventures: soie essentiellement inflammable, menaces de poursuites en correctionnelle, assemblées orageuses où les actionnaires rencontraient la direction revolver au poing ! Soucieux d’assurer à un procédé dont il a l’exclusivité, l’expansion qu’il mérite désormais, Monsieur de Baudry vient, en 1899, prospecter la Belgique, pays réputé pour sa libéralité dans sa fiscalité sur l’alcool, alcool dont par ailleurs, le procédé était grand consommateur. Anseremme, au confluent de la Lesse et de la Meuse, fut le premier site qui fut un court instant examiné mais le marquis considéra rapidement qu’il était préférable de chercher un endroit propice dans la région populeuse et industrielle des environs de Bruxelles. C’est ainsi que le 10 janvier 1900, la commune de Tubize donna l’autorisation pour la construction d’une usine fabriquant de la soie artificielle. Chaque Tubizien pouvait désormais être fier de  sa soierie , troisième du monde après Besançon et Spreitenbach.

Commence alors une longue ère de prospérité qui ne connaîtra de véritable coup d’arrêt qu’avec la grande crise de 1929. 1901, la production de soie au collodion passe dès 1906 à 1. Tout au long de cette période aux bénéfices plantureux, non seulement le niveau de production progressait de manière considérable, mais des progrès technologiques importants dans le procédé furent réalisés. Vint alors la parenthèse de la guerre dont toute la durée correspondit à l’inactivité totale de l’usine. On raconte qu’à cette occasion, les chefs et le personnel de direction prévoyant les réquisitions, démontèrent tout le matériel à caractère plus ou moins stratégique et on s’employa à construire des doubles murs et des faux plafonds, à creuser des tranchées qui devinrent autant de cachettes pour mettre le matériel à l’abri de la convoitise de l’ennemi. Les responsables de la Fabrique de Soie Artificielle de Tubize qui entendaient bien ne se laisser distancer en matière de production de soies artificielles à aucun prix, avaient conçu, dès avant le début de la grande guerre, les plans d’une unité  viscose  à installer à Tubize.

Certains bâtiments étaient même déjà construits au moment de la déclaration des hostilités. Interrompus pendant quatre ans, repris avec un zèle redoublé dès l’armistice, les travaux aboutirent, en 1919, à une unité parfaitement prête au démarrage. Quatre années supplémentaires furent cependant encore perdues dans un procès intenté à Tubize par Alost, cette dernière contestant à l’autre, le droit d’exploiter le procédé Viscose. Les différentes juridictions ayant tranché ce litige en faveur de Tubize, courant 1923, le démarrage eut enfin lieu et dès 1924, la production atteignait environ 300 tonnes. C’est au cours de ces dernières années qui précédèrent la grande crise des années trente que  la soierie  connut son apogée sous la direction et la gestion éclairées de vrais pionniers de l’industrie.

Quel progrès par rapport aux 100 T. C’est l’époque où un bon ouvrier ayant quelques années d’ancienneté touchait, lors de la fête patronymique, une gratification de 3. Encore aujourd’hui, les anciens soyeux de Tubize et d’ailleurs, racontent dans les chaumières, les souvenirs de ces jours bénis où, dès la fin de l’après-midi, les  chapeaux étaient de travers, les chignons étaient défaits et le champagne coulait jusque dans les rigoles . Le début de la crise correspond à la condamnation de l’aînée de nos soies, celle au collodion.

Le coût élevé des matières premières entrant dans la fabrication de ce textile, le succès croissant de fil viscose dont le prix était moitié moindre et dont la qualité s’améliorait sans cesse, rendit la concurrence extrêmement difficile d’abord, finalement impossible. La fameuse crise encore présente dans l’esprit de tous les anciens frappa alors de plein fouet. Une réduction considérable du volume de l’activité attira une concurrence impitoyable, ce qui conduisit à une chute des prix à un niveau correspondant au tiers de ceux pratiqués en 1925! On court à la catastrophe et comme toujours en pareille circonstance, on cherche la parade dans le regroupement des entreprises ce que l’on appellerait aujourd’hui une restructuration.

Déjà évoquée avant la crise, l’idée de regrouper tous les producteurs belges de textiles artificiels devient de plus en plus une nécessité impérieuse. Lorsqu’elle frappa de plein fouet, elle précipita la décision. C’est ainsi qu’en juin 1932 naquit l’ UNION DES FABRIQUES BELGES DE TEXTILES ARTIFICIELS, en abrégé FABELTA. Cette entité concentrait aussi bien les activités commerciales qu’industrielles du secteur. Pendant cette crise qui n’arrête pas de s’éterniser, l’ingéniosité des gestionnaires poursuivait son chemin et vers 1935, c’est la fabrication nouvelle des fibres courtes, par le procédé viscose qui faisait son entrée à Tubize.

Le succès rencontré leur fit rapidement comprendre qu’un nouveau débouché s’offrait à qui s’équiperait pour produire directement des fibres courtes. Et voilà, en 1935, FABELTA TUBIZE retrouvant, une fois encore, son rôle de pionnier de l’industrie textile en Belgique, et qui sortait, avec succès, en 1936, les cent premières tonnes de fibres courtes. Défi relevé, une fois encore, victorieusement grâce à la conjugaison des inlassables efforts des travailleurs et de leurs  chefs . Cette fabrication connut une croissance rapide, pour atteindre en 1940, une production de 1. 600 tonnes, et qui atteindra 3. 300 tonnes à partir de 1942. Elle disparut compte tenu de sa dimension insuffisante et de ses unités dispersées, dans les premières années de l’immédiat après-guerre, passant le relai, dans ce domaine, à FABELTA ZWIJNAARDE, pour laquelle ce créneau fut la rampe de lancement.

Mai 1940, bien que latent depuis des mois, intervint comme un coup de tonnerre. Dès le premier jour des hostilités, l’usine fut frappée par trois bombes de petit calibre, qui ne touchèrent d’ailleurs aucune partie vitale des ses installations. Mais pour la population, ce fut la panique et très rapidement l’exode devant les percées de l’ennemi. C’est également pendant cette guerre que la Fabrique de Soie Artificielle de Tubize abandonna, en, 1942, son  cavalier seul , ce qui conduira, mais à partir de 1946 seulement, à une structure de direction unique. C’est aussi pendant cette période que furent menés les premiers essais pour la fabrication de matières plastiques au départ d’Acétate de Cellulose. Cette activité, pendant la guerre, fut cependant jugée sévèrement par la Justice de l’immédiat après-guerre.

Saisie, contre FABELTA, d’une plainte en collaboration économique avec l’ennemi, FABELTA et certains de ses hauts dirigeants de l’époque, furent lourdement condamnés à des peines pénales et civiles qui contraignirent les uns à l’exil, l’autre à une amende économique considérable dont on ne saura jamais combien elle aura pesé négativement dans le destin de FABELTA ! On sait en tout cas que dans les pays voisins, non seulement des procès semblables furent classés sans suite, mais que nos concurrents devaient bénéficier, dès l’issue de la seconde guerre mondiale, de toute la sollicitude de leurs pouvoirs publics. Caractérisée dans ses premières années par une recherche permanente de la couverture des besoins que la guerre avait cruellement exacerbés, ces années furent sans histoire sur le plan économique. En 1949 cependant, FABELTA TUBIZE était touché une dernière fois dans ses forces vives par les séquelles de la guerre. En effet, des tuyauteries provenant du démantèlement des usines d’Allemagne occupées, utilisées pour les besoins d’entretien, et mal vidées de leur contenu explosif, sautèrent littéralement entre les mains des ouvriers. Cet accident fit deux morts et de nombreux blessés. Sortant des années ascétiques de guerre, les occasions de liesse n’étaient pas négligées.

Qui ne se souvient des Saint-Eloi bruyants et mémorables, des fêtes des décorés solennelles, mais bien arrosées, des fêtes des pensionnés, des retours aux sources. Nous citons au hasard: cercles musical et d’échecs, clubs de ping-pong, de tennis, de football, de balle pelote, de basket-ball, de natation etc. Et pendant ce temps là, sur le plan technique ? La production de Rayonne en fibres courtes est progressivement abandonnée au bénéfice de Zwijnaarde. Tubize, une partie des productions de ses propres filatures ou des filatures de ses usines sœurs. Cet atelier produit des bobines sectionnelles et des ensouples pour nos clients tisseurs ou bonnetiers, non équipés pour assurer eux-mêmes ce travail. A de Tubize, qui devait reprendre la production de certains éléments de la gamme qu’Obourg fabriquait.