De la Révolution et de la philosophie PDF

Régionale de l’APHG en juin 2001. Le texte a été fourni par Yves Modéran en 2004. Je voudrais ici, non pas traiter de la christianisation de l’empire romain dans la globalité du sujet, mais poser la question de la chronologie : quand l’empire romain est-il de la Révolution et de la philosophie PDF devenu chrétien ? Cette interrogation est une des plus anciennes qui soient en histoire romaine comme en histoire religieuse, et si je la relie à la conversion de Constantin, c’est parce que depuis toujours cet événement a été placé au centre de la réflexion des historiens, soit pour en faire un quasi-point de départ, soit au contraire pour en faire un aboutissement symbolique.


Quand l’empire allait accomplir au pas de course sa mission à travers l’Europe, à chaque instant des hommes fatigués se détachaient de ses colonnes, et s’asseyaient sur le bord des fossés. On avait beau leur dire qu’ils allaient y mourir, ils voulaient s’arrêter ; puis, le sommeil, puis le froid les prenaient, et les voilà ensevelis sous une tombe de neige.

En dégageant l’empire de ses liens avec le paganisme, Constantin ne sera pas un révolutionnaire. Certes, reconnaissait-il aussi, après d’autres, la conversion totale des masses, surtout dans les campagnes, prit encore beaucoup de temps, parfois plusieurs siècles, et parfois sans jamais être parfaite. Pour ces  » attardés « , l’usage du bras séculier fut bien utile et accéléra l’histoire, mais le fait essentiel reste que le christianisme avait acquis dès avant 312 une position dominante dans l’empire. Cette thèse n’a jamais fait l’unanimité, mais on ne lui a longtemps opposé qu’une critique purement négative, sans véritable contre-argumentation. Or, depuis une vingtaine d’années, les choses ont vraiment changé grâce à une nouvelle école historiographique, surtout anglo-saxonne mais aussi un peu française, dont les meilleurs représentants sont Alan Cameron et Robin Lane Fox aux Etats-Unis, et Pierre Chuvin et Claude Lepelley en France. La thèse se veut scientifique, elle est bien étayée, mais il serait très abusif de dire qu’elle a réglé définitivement tous les problèmes.

Ce qui vient en plus compliquer encore le débat, c’est que des arrières pensées d’ordre plus ou moins idéologiques affleurent encore bien souvent derrière les travaux de tous ces spécialistes modernes du christianisme antique. Le travail de Lane Fox se prête aisément à la critique, mais ceux qui l’attaquent ne le font pas toujours au nom de la seule vérité scientifique. D’un point de vue purement scientifique, l’hypothèse n’a évidemment rien de scandaleux, mais elle passe mal chez certains, parce qu’ils la ressentent toujours un peu comme une attaque : ils supportent mal l’idée que la religion du Christ ne se serait pas imposée d’elle-même dans le monde romain, par ses propres vertus et sa supériorité naturelle, mais seulement parce qu’elle devint au cours du IVe siècle religion d’Etat. Certes, personne ne dit les choses de façon aussi brutale, mais, à mon sens, cet aspect idéologique, de manière inavouée et parfois inconsciente, est bien en fait derrière beaucoup des débats actuels. C’est donc à la fois un vieux et vaste problème toujours d’actualité que cette question des causes et des effets de la conversion de Constantin, et qui est encore compliqué, j’y reviendrai tout à l’heure, par les incertitudes sur les modalités et la chronologie de cette conversion elle-même. Vouloir le traiter en une heure ne serait évidemment pas réaliste, et m’entraînerait aussi à énoncer certainement nombre de choses que vous savez déjà.

Que sait-on donc d’abord exactement du nombre et de l’importance des chrétiens au début du IVe siècle, lorsque se déclenche la dernière grande persécution, celle de Dioclétien en 303 qui précède immédiatement la conversion de Constantin ? Nous avons vu le point de vue de Daniélou, qui admet une évangélisation avancée, qui aurait gagné largement déjà les élites. Empire, ce qui ferait d’eux une petite minorité. Le problème est que pour ce qui concerne l’histoire de la christianisation avant 312, elles sont fort rares. Les sources littéraires sont heureusement plus nombreuses.

Elles ont longtemps servi d’arguments aux tenants d’une christianisation massive au IIIe siècle. La tendance, et elle est scientifiquement irréprochable, est aujourd’hui de s’attacher à la lettre à ce qu’elles disent, sans extrapolations, c’est-à-dire sans généraliser à une province une information donnée seulement pour une ville. De toutes ces sources, les moins précises sont les histoires ecclésiastiques, toutes écrites après la conversion de Constantin. La plus fiable, parce que l’auteur cite et reproduit parfois ses sources, est celle d’Eusèbe de Césarée, qui est aussi la plus ancienne, écrite en 313 et plusieurs fois remaniée ensuite. Plus utiles sont les vies de saints, qui parfois décrivent des opérations d’évangélisation dans les villes ou les campagnes avec des détails précis et vérifiables.