De qui, de quoi se moque-t-on ? : Rire et dérision à la Renaissance PDF

Jean Fouquet- De qui, de quoi se moque-t-on ? : Rire et dérision à la Renaissance PDF of the Ferrara Court Jester Gonella. Le bouffon, fou du roi, ou fou, est un personnage comique, dont la profession était de faire rire les gens. Les plus connus sont les fous des rois et des seigneurs.


Dans une Italie secouée par quatre décennies de guerres, puis – la paix revenue – dominée par des puissances étrangères et une Église contre-réformiste, que deviennent les ressorts et les finalités du rire ? Quelques éléments de réponse sont apportés, pour ce qui concerne la guerre, par l’analyse de deux œuvres majeures de Machiavel (Le Prince et La Mandragore) et par l’examen croisé de textes littéraires et iconographiques issus d’une culture locale, celle de Ferrare, reposant sur l’héroïsme guerrier. Dans le traité de Castiglione, pour ce qui concerne la modélisation des comportements sociaux, l’approche du comique met à jour les tensions que les données conflictuelles du présent insinuent dans l’élaboration collective de la figure idéale du  » parfait courtisan  » – que l’on ne peut que  » former en paroles « . Mais, lorsque le modèle du Courtisan est exporté dans un autre contexte, comme à Valence, en Espagne, Luis Milàn fait de la pratique du burlesque la mise en question des paroles mêmes dont le courtisan se sert pour penser et composer son image. Le rire qui, encore dans la première moitié du XVIe siècle, pouvait exercer une fonction critique, en prise directe avec le vécu, et cibler, par le biais de sa perspective oblique, des objectifs précis, ce rire, en se domestiquant, tend vers la fin du siècle à se dilater, à devenir multiforme dans le théâtre de Giambattista Della Porta ou dans les Contes de Giambattista Basile. Dès lors que ces œuvres, par un pot-pourri d’inventions linguistiques, phagocytent toutes les autres pour mieux les recréer (comme le dit, dès son titre, Lo Cunto de li cunti : le récit qui contient et engendre tous les récits), l’éclat de rire, en s’appliquant à toutes choses, au lieu d’être – comme chez Machiavel – une forme de résistance contre les aléas de la Fortune, semble exprimer la béance de tout ce qui échappe à l’homme et le dépasse.

Il y a aussi des femmes  fous  ou  folles . Les rois avaient leur bouffon attitré, seul personnage pouvant sans conséquence se moquer du souverain, quoique la satire constituât toujours un risque voire un péril pour l’artiste. Les spectacles avaient souvent lieu lors de grands banquets où plusieurs vassaux festoyaient au côté de leurs seigneurs. France mentionnent régulièrement les dépenses, parfois élevées du ou des bouffons de la cour ou faites pour eux. Le dernier bouffon, L’Angély, vécut sous Louis XIII et un peu sous Louis XIV. Sur un plan mythologique, le fou du roi est plus ancien encore : Momos est le bouffon des dieux de l’Olympe.

XXXVI :  Les plus grands rois les goûtent si fort que plus d’un, sans eux, ne saurait se mettre à table ou faire un pas, ni se passer d’eux pendant une heure. Mais Érasme fait également quelques allusions à un second rôle échu au bouffon : celui de révélateur, de miroir grotesque. Rôle attesté par le fait que les bouffons suivaient une réelle formation, qui était plus adaptée aux hommes d’esprit qu’aux réels crétins. Le bouffon est révélateur de la dualité de chaque être et de sa face bouffonne.