Faut-il sauver le libéralisme? PDF

4 janvier 2005, intervention devant les élèves du Master « Ethique et développement durable », Lyon III. Pour répondre à cette question, j’aimerais vous parler en homme de communication. J’ai été, je vous l’avoue, faut-il sauver le libéralisme? PDF 10 ans directeur artistique dans le premier groupe européen de communication.


Jadis identifié à la défense des droits individuels contre l’absolutisme, le libéralisme est désormais perçu comme un péril anti-démocratique. Synonyme de dérégulation, de capitalisme sauvage, de mondialisation effrénée, de marchandisation généralisée, il est, aujourd’hui, un repoussoir absolu dans l’ordre politique social, voire moral… Comment la promesse s’est-elle transformée en cauchemar ? Comment l’aspiration à la liberté s’est-elle muée en effroi devant l’enfer libéral ?

Monique Canto-Sperber est philosophe (CNRS) et directrice de l’Ecole normale supérieure.

Nicolas Tenzer est haut fonctionnaire, président du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (CERAP) et directeur de la revue Le Banquet.

Rassurez-vous, je suis aujourd’hui un publicitaire repenti. Ce qui prime dans notre monde est l’économisme. C’est-à-dire que nous vivons dans un monde plongé dans l’inversion des valeurs, où l’économie est non plus considérée comme un moyen mais comme une fin en soi. Tous les termes se rapprochant de près ou de loin à l’économie seront donc d’abord compris dans leur dimension économique. Notre société décrit comme développées les sociétés de consommation. Ainsi, la civilisation de l’automobile, de la télévision et du téléphone portable est considérée comme l’aboutissement logique et inéluctable de toute société humaine. Une nouvelle fois, sous des mots différents, l’homme blanc dévoile son ethnocentrisme.

Le développement réellement existant n’est en fait que l’occidentalisation du monde. Il sera logiquement compris comme « développement économique inscrit dans la durée », assorti d’une couche de peinture verte passée par les publicitaires pour mieux nous leurrer et nous le faire passer pour écolo. C’est-à-dire : polluer plus en sauvegardant l’environnement. Le développement durable, c’est concilier la croissance et la protection de l’environnement. Il a été démontré et re-démontré que plus de croissance économique, c’est nécessairement plus de pollution. La croissance verte, la croissance propre, la croissance soutenable, comme le développement durable, sont des oxymores, c’est-à-dire une juxtaposition de deux mots contradictoires. Pour les élèves ici présents du « Master Ethique et développement durable », je citerai aussi la revue Capital.

Un article dans leur numéro du mois de juillet 2004 était consacré aux « métiers d’avenir et comment s’y préparer ». Un de ces métiers est Responsable du développement durable. Parler de développement, entendu comme croissance économique, pour les pays occidentaux, est un non-sens. Notre niveau de développement économique sous-entend le pillage systématique du reste de la Terre et l’asservissement économique de populations entières.

D’ailleurs, qui pourraient-ils piller pour devenir à leur tour développés ? C’est pourquoi le « développement durable », cette contradiction dans les termes, est à la fois terrifiant et désespérant ! Le système possède une capacité extraordinaire à tout récupérer et il se nourrit d’abord de toutes les mauvaises contestations. Ni le développement, ni la croissance, dans leur dimension économique, qui est celle entendue communément, ne peuvent être durables, car ils sont LA cause du caractère insoutenable de notre civilisation. Einstein, et nous ne pourrons pas aller vers un monde plus écolo en proposant comme remède ce qui fait notre maladie.

Alors pourquoi un tel succès pour ce concept ? Auparavant les écologistes étaient écartés du pouvoir. Il avait un discours trop dérangeant pour l’institution. Le développement durable permet de concilier tout et son contraire. Il a permis à l’institution de récupérer la critique écologiste et de la dévoyer. La décroissance vient s’opposer à ce fourvoiement.

Elle est là pour rappeler que nous devons cesser de nous déresponsabiliser sur la technoscience. Que la problématique humaine et écologique est avant tout philosophique et politique. Et donc que les réponses seront philosophiques et politiques. Ce dont nous avons besoin prioritairement n’est pas de plus de science et de technique, mais de plus de partage et de sobriété. Les textes et visuels de decroissance. Le concept de libéralisme libertaire avancé par le sociologue marxiste Michel Clouscard propose de synthétiser toutes les caractéristiques actuelles du capitalisme et de rendre compte des évolutions des sociétés industrialisées et post-industrialisées.