Freud et les Lumières : Individu, raison, société PDF

Le bonheur est une question centrale en philosophie : on ne peut pas comprendre les démarches des grands philosophes si on freud et les Lumières : Individu, raison, société PDF saisit pas leur rapport au bonheur. Il y a cependant une autre fin que les hommes poursuivent : c’est le bien moral.


Certains se battent pour la justice, se dévouent à de nobles causes, en sacrifiant éventuellement leur bonheur. L’homme se trouve donc en face de deux fins possibles pour son existence, le bien et le bonheur, qui ne coïncident pas toujours. Dire que le bonheur est la fin ultime des hommes ne suffit pourtant pas à le définir. Il faut encore en saisir l’essence. Le bonheur est un état de satisfaction, et même de satisfaction durable. En effet, un plaisir, une joie, un bonheur ne font pas encore le bonheur. Le plaisir et la joie proviennent de la satisfaction de nos désirs, mais il faut que tous nos désirs soient satisfaits pour parvenir au bonheur.

En effet, si un désir demeure inassouvi, il nous fait souffrir et ruine notre bonheur. Mais curieusement, si tous les hommes courent après le bonheur, presqu’aucun ne prend le temps de réfléchir à ce qu’il est véritablement, et au moyen de le conquérir. Le philosophe est précisément celui qui se pose ces questions, qui pense qu’il a besoin d’une stratégie pour conquérir le bonheur, d’une nouvelle manière de mener sa vie, ce qui s’appelle originairement une sagesse. Parmi les premiers penseurs à avoir proposé une sagesse se trouvent les sophistes. Nous connaissons surtout certains d’entre eux, tels Gorgias ou Protagoras, parce que Platon les a transformés en personnages de ses dialogues. Pour être heureux, affirment-ils, il faut pouvoir satisfaire tous ses désirs.

Ce qui implique d’avoir un maximuml de richesse et de pouvoir. Selon la doctrine sophiste, telle que nous la rapporte Platon, aucune science, aucun talent particulier ne sont nécessaires, si ce n’est de savoir parler : l’art rhétorique. Le pouvoir s’arrache en effet par la conviction, surtout en démocratie. Pour cela, il ne faut pas hésiter à faire des promesses que l’on ne tiendra pas, et à mentir. Bref, pour réussir dans la vie et obtenir le bonheur, il faut se débarrasser de tout scrupule. La doctrine des sophistes est à la fois logique et parfaitement immorale. Elle a suscité des réactions violentes de défense des valeurs traditionnelles menacées.

Les religions ont afirmé le caractère sacré de ces valeurs, et ont subordonné le bonheur de l’homme au respect de la morale. Le bonheur ne sera donné par le Tout-Puissant qu’à ceux qui auront respecté les lois divines. Pour Kirkegaard, l’attitude existentielle juste, l’attitude religieuse est de renoncer à tout bonheur terrestre. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Pesons le gain et la perte, en prenant choix que Dieu est. La première prime, et obéir à la loi morale exige que nous sacrifiions parfois notre intérêt et notre bonheur. Certes, selon Kant, le bonheur n’est pas absolument exclu, à condition qu’il soit obtenu dans le strict respect de la loi morale.