Je t’offre de la sagesse et de l’amitié PDF

Jean COCTEAU, ayant été élu je t’offre de la sagesse et de l’amitié PDF l’Académie française à la place laissée vacante par la mort de M. Rémy de Gourmont disait que chez Edmond Rostand la chance est une des formes du génie. Rostand fut porté sur ce siège par des fées rapides et dans un tumulte d’ailes qu’il évoque autour de la naissance d’Henri de Bornier. Lorsque Cyrano de Bergerac tournait toutes les têtes, j’imagine un jeune sorcier de Condorcet déclarant aux élèves de ma classe que j’occuperais un jour à l’Académie, le fauteuil de leur idole.


Une jolie boîte cadeau à déposer en cadeau d’assiette ou à accrocher au sapin pour offrir à ses amis
La boîte en carton octogonale, avec son couvercle transparent, se présente comme une boîte de bonbons ou de chocolats

 

A l’intérieur, 52 messages sous forme de petits rouleaux à déplier contenant chacun une photo en noir et blanc et une citation à découvrir :


« Ce qui rend les amitiés indissolubles et double leur charme est un sentiment qui manque à l’amour : la certitude » (Honoré de Balzac)
«  Il n’y a personne qui soit né sous une mauvaise étoile, il n’ a que des gens qui ne savent pas lire le ciel » (Dalaï Lama)
«  Partage ton gâteau, il diminue. Partage ton toit, il ne bouge pas. Partage ta joie, elle augmente » (Proverbe africain)

Le vieux Collège se serait écroulé sous les rires. Oui, Messieurs, je ressemble pas mal à ces équilibristes en haut d’une pile de chaises. Rien ne manque à la ressemblance avec cet exercice périlleux et même pas le roulement de tambour traditionnel qui l’accompagne. Vous comprenez donc ma crainte d’avoir à me maintenir pendant une heure dans une position incommode, et feignant l’aisance, puisque tout effort visible manque de style et que notre travail doive toujours effacer notre travail et n’afficher jamais la grimace dénonciatrice des efforts qu’il nous coûte. Vous m’objecterez que cette gêne fut la même pour vous tous. Hélas, je crains qu’elle ne me soit pire, car je vous avouerai bientôt à quel point je dissimule une maladresse native sous un faux air désinvolte et que tout ce qui peut être pris chez moi pour une danse n’est qu’un réflexe instinctif, une manière instinctive de rendre moins risible une interminable chute dans les escaliers. Il faudra que j’en use avec franchise et que j’évite de m’endimancher en paroles, ce vers quoi nous poussent inconsciemment un lieu historique et l’intimidante allure de notre costume.

Vous connaissez, Messieurs, la famille à laquelle on ne peut ni se vanter ni se plaindre d’appartenir, car loin d’être un privilège, elle relève plutôt d’une fatalité que Verlaine baptise malédiction. Famille d’artistes qui, pour ne pas alerter la police de l’ordre social, pour vivre légalement en règle, doivent ajouter un poids postiche au poids insuffisant qui les retient mal sur terre. Bref les membres de cette famille un peu fantôme et transparente deviennent artificiellement terrestres lorsqu’ils chaussent des bottes de scaphandre pour ne pas rejoindre à toute vitesse on ne sait quelle surface mystérieuse. Or, parfois, las du no man’s land où leur particularité les range, certains d’entre eux veulent qu’on les prenne par la main et entrer dans la danse. Vous mesurez ce que votre Compagnie leur offre avec, à l’inverse de l’anneau de Gygès, qui rendait invisible, un confortable fauteuil de visibilité ? C’est bien le désir d’un fantôme de participer au règne des vivants qui m’a poussé vers vous, un peu l’envie d’un debout pour une place assise et la soif d’un romanichel des roulottes pour un point fixe. Et comment sourirai-je d’une épée propre à défendre cette place et ce point, épée que nos amis nous offrent sans doute afin de nous défendre contre nous-mêmes.

Qui donc avez-vous laissé s’asseoir à votre table ? Un homme sans cadre, sans papiers, sans halte. C’est-à-dire qu’à un apatride vous procurez des papiers d’identité, à un vagabond une halte, à un fantôme un contour, à un inculte le paravent du dictionnaire, un fauteuil à une fatigue, à une main que tout désarme, une épée. Vous souvenez-vous, Messieurs, d’une farce de Charles Chaplin, qui se coiffe d’un abat-jour et devient lampe pour échapper à la police ? Après quarante années de fuite en zigzags devant une chasse à courre qui sonne de la trompe à mes trousses, votre indulgence m’immobilise sur un socle avec cet air d’être un peu statue et même, oserai-je le dire, un peu buste, auquel les chasseurs et la meute se laissent prendre. En outre, qui connaît le véritable auteur des œuvres d’un poète ?

Voilà encore de quoi embrouiller la piste. Et voilà, il me semble, bien des titres à la gratitude que je vous exprime du haut de ma pile de chaises avant de m’y balancer dangereusement. C’est qu’à force d’éviter la raideur du dimanche, je ne tombe dans l’excès contraire et n’élude la pompe d’un discours en vous entretenant à bâtons-rompus. Mais vous verrez bientôt que tant de méandres nous conduisaient en ligne droite à une des figures les moins tortueuses qui fussent : celle de Jérôme Tharaud.