L’Âme et ses passions: Les Passions et les erreurs de l’âme. Les Facultés de l’âme suivent les tempéraments du corps. PDF

Antiquité qui exerça la médecine à Pergame et à Rome où il soigna plusieurs empereurs. Transmise à Byzance et dans le monde musulman, elle reviendra en Europe d’abord à partir de traductions de l’arabe en latin puis à partir de la Renaissance, des sources grecques d’origine. Mais elle devra s’incliner devant le développement irrésistible de la méthode expérimentale qui permettra d’établir sur une base empirique solide les modèles du système cardiovasculaire, respiratoire, digestif et l’Âme et ses passions: Les Passions et les erreurs de l’âme. Les Facultés de l’âme suivent les tempéraments du corps. PDF. Maquette de la cité antique de Pergame.


Pour Galien, 129-199 ap. J.-C., médecin grec dont l’influence a été sans égale jusqu’aux temps modernes, on ne saurait limiter la médecine à ses catégories, telles que l’anatomie, la physiologie ou la thérapeutique. Son dessein, énoncé avec la plus grande acuité dans les présents traités, est plus vaste.

Partant du jeu complexe des passions humaines et de la conception matérialiste qu’il s’en fait (les passions dépendent de la chimie des humeurs corporelles), il élabore une hygiène psychique par bien des aspects radicale. Elle prend en compte la correction des erreurs de l’âme aussi bien que des limitations innées ou acquises de la nature humaine, théorie dont on ne trouve guère d’équivalent dans l’Antiquité. Et qui pose cette question essentielle: la médecine du corps est-elle aussi médecine de l’âme, et donc du comportement humain, dans ses dimensions individuelles et sociales? Peut-elle, doit-elle prendre le pas sur la pédagogie et la philosophie? Somme toute: la médecine doit-elle être le moteur de toute éthique?

Terpsichore Birchler et Anne-France Morand, hellénistes, enseignent le grec au collège de Genève; Vincent Barras est historien de la médecine à l’institut Louis Jeantet (Université de Genève).

La cité de Pergame était un des hauts lieux scientifiques, littéraires et artistiques du monde gréco-romain. Il apprend à son fils la morale stoïcienne. Son père lui a aussi transmis son amour de la campagne. Il gérait des domaines agricoles où le jeune Galien a dû passer une partie de son enfance. Il manifestera plus tard dans ses écrits pharmacologiques, une excellente connaissance des plantes médicinales.

Son père qui était aussi un fin connaisseur en géométrie, arithmétique et calcul, lui donna les premiers rudiments de connaissances scientifiques jusqu’à l’âge de 14 ans. 14 ans, Galien entreprend des études de philosophie. Il se souviendra plus tard de quatre de ses maîtres : un stoïcien, un platonicien, un péripatéticien et un épicurien. Il dira dans les Propres livres que le premier ne lui donne pas les  preuves rhétoriques  de ce qu’il avance, que le second arrive à des conclusions contraires du précédent et que les suivants ne s’avèrent pas plus concluants. Galien espérait apprendre un art de raisonner qui permette l’accord de tous, sur le modèle des démonstrations géométriques capables de s’imposer à tout le monde. Son père, qui nourrissait de grandes ambitions pour lui, décide alors de lui faire commencer des études de médecine, tout en poursuivant ses études de philosophie. La formation médicale se faisait auprès de maîtres réputés.

Après avoir assisté à un débat sur l’empirisme en médecine, il suit l’enseignement d’un des orateurs, nommé Pélops. En 148, survient le décès de son père qui lui laisse une fortune considérable. Il confie la gestion de ses biens à un intendant et part à travers le monde gréco-romain étudier auprès des médecins les plus réputés de l’empire. Il se rend d’abord à Smyrne où il retrouve son maître Pélops. Il y écrit un ouvrage Sur le mouvement du thorax et du poumon dans lequel il consigne l’enseignement de Pélops.

Numisianos avant d’embarquer pour Alexandrie en Égypte. Il séjournera au moins quatre ans à Alexandrie avec le désir d’y étudier l’anatomie. Le passage par Alexandrie semblait constituer une sorte d’étape obligée dans la formation de tout médecin ambitieux de l’époque. Deux des plus grands anatomistes de l’Antiquité, Hérophile et Érasistrate, avaient pu y pratiquer des dissections humaines qui firent faire d’importants progrès à la connaissance des structures internes du corps humain. D’après ses écrits ultérieurs, Galien semble avoir été assez déçu par son séjour à Alexandrie.

Il n’apprécia guère mieux la nourriture égyptienne comportant des vers de bois, des vipères, de la viande de singe, de chameau et même d’âne. Mais nous dit-il, comme les égyptiens y sont habitués, ils réussissent à évacuer rapidement ces mauvais aliments avant qu’ils ne causent des dégâts au corps. Galien revient finalement à l’âge de 27 ans dans sa ville natale. De retour dans sa patrie, durant l’été 157, Galien se gave tellement des bons fruits de son pays qu’il en a une bonne indigestion mais aussi, nous dit-il, une maladie gastrique aiguë.

Cet épisode joua un rôle si important dans sa vie qu’il le mentionne à trois reprises dans ses écrits. Dans cette même année 157, il est nommé médecin des gladiateurs. Confronté à de profondes blessures, il renonce à les inonder d’eau chaude comme faisaient ses prédécesseurs mais les humecte avec de l’huile. Il dépose ensuite sur la plaie des linges imbibés de vin noir et âcre. Dans certains cas, Galien n’hésite pas à recourir à la chirurgie et en profite pour approfondir ses connaissances anatomiques. Il ne cessera par la suite de réaffirmer la nécessité pour les médecins de s’entrainer à la dissection sur des singes.

On ne sait pas exactement pour quelle raison Galien se rendit au centre de l’Empire, à Rome, mais à l’époque, il était commun que les médecins quittassent leur ville d’origine et fissent des voyages à visée scientifique. Ce fut le cas de Galien qui, pour se constituer une riche pharmacopée, visita de nombreux endroits pour se procurer des simples, c’est-à-dire des substances végétales, animales ou minérales utilisées comme remèdes. Arrivé à Rome, en 162, Galien loue une maison près de l’un de ses concitoyens, le philosophe Eudème, qui allait lui permettre de pénétrer dans la plus haute société romaine. Il adopte volontiers le mode de vie des Romains, se rendant régulièrement aux bains avec des amis. Mais il conserve aussi l’habitude typiquement grecque de fréquenter la palestre pour pratiquer la gymnastique. Le monde médical était à cette époque très compétitif.

L’enseignement médical n’était pas institutionnalisé, il n’y avait pas de cursus couronné par un diplôme. Chaque médecin devait assurer sa promotion. Les riches patients convoquaient plusieurs médecins à leur chevet et chacun devait faire son diagnostic en présence des autres. Lors d’accès de fièvre du philosophe Eudème, originaire comme lui de Pergame, Galien qui lui a pris le pouls, fait le pronostic d’une fièvre quarte. Eudème reconnaît la justesse du jugement de Galien et se répand en louange en présence de personnages particulièrement influents.