L’Afrique du Sud: Une histoire séparée, une nation à réinventer PDF

Au sens où on l’emploie habituellement, l’identité nationale peut être sommairement définie comme la somme des particularités communes fondant la cohésion et la solidarité des personnes regroupées en un ensemble considéré comme constituant une nation. Dépasser le cadre de cette formulation succincte pour tenter de la préciser soulève de graves difficultés méthodologiques. En effet, si par commodité l’on peut être tenté d’aborder séparément la communauté d’individus formant une nation et les similitudes spécifiques à ses membres, cette approche révèle vite ses limites puisque ces deux éléments apparemment distincts s’avèrent en réalité consubstantiels. La nation peut l’Afrique du Sud: Une histoire séparée, une nation à réinventer PDF définie d’une manière assez simple à partir d’éléments purement juridiques.


Nouvelle édition en 2010

Elle est abordée de manière plus complexe en prenant en compte des éléments multiples relevant de toutes les disciplines des sciences humaines, notamment la sociologie et la psychologie. Sont alors tenus pour facteurs de rattachement national tous ceux réputés induire des comportements collectifs communs. S’employant à contredire Otto Bauer, pour qui les Juifs de la Diaspora, par leur communauté de caractère et de sort, constituaient une nation, il pose comme principe  qu’il n’existe pas en réalité d’indice distinctif unique de la nation , et que celle-ci est le résultat d’une combinaison de facteurs. Il n’est pas étonnant que les nations définies selon ces critères élastiques ne coïncident pas nécessairement avec les États juridiquement reconnus. En effet, compte tenu des conditions dans lesquelles ceux-ci ont été constitués, nombre d’entre eux peuvent en englober plusieurs. Les collectivités humaines offrent de nombreux exemples de rassemblements d’individus, structurés ou informels, liés par des caractères et des intérêts communs.

En revanche, les contours d’autres ensembles tels les tribus, clans, familles, nations sont délimités à l’aide de critères plus flous. Il en va ainsi pour les nations. Il existe sans doute entre leurs membres un certain nombre de points communs directement observables, pouvant être la langue, la présence sur un même territoire, ou la soumission à une même autorité. Trente ans plus tard, bien que critiquant ce type d’analyse  cousue de fil idéaliste  dans son article de 1913, Staline n’en considérait pas moins qu’il convient de  tenir compte des particularités de la psychologie des hommes réunis en nation.

Délimiter les contours d’une nation en prêtant à ses membres une  formation psychique originale  selon la formule de Staline, un  vouloir vivre collectif  selon l’expression consacrée inspirée de la pensée de Renan, ou l’intuition d’une identité nationale selon les termes d’aujourd’hui, implique l’interprétation de comportements souvent peu explicites. La démarche repose donc essentiellement sur des présomptions. De telles extrapolations ne sont pas sans risque de subjectivité. Ainsi, Staline devait concéder qu’  évidemment, la formation psychique en elle-même, ou, comme on l’appelle autrement, le  caractère national , apparaît pour l’observateur comme quelque chose d’insaisissable .

Le critère d’ordre psychologique n’en est pas moins considéré comme significatif dans la mesure où la communauté d’esprit est toujours censée se concrétiser sous des formes tangibles, qui, en définitive sont les véritables révélateurs de l’adhésion implicite à un idéal de vie collective. Il est vrai que de longue date la philosophie et la littérature sont riches d’observations sur les conduites communes présentées comme caractéristiques de certaines sociétés humaines. Toutefois, en admettant même que leur inventaire complet puisse permettre de cerner les caractères originaux des groupes humains, on peut douter qu’il règle définitivement la question de l’identité nationale. En effet, en l’état actuel de son emploi par le langage des sciences humaines, cette notion est conçue différemment par ses utilisateurs selon les fins qu’ils poursuivent. L’identité nationale peut d’abord être prise comme objet d’une recherche impartiale à finalité scientifique, démarche seulement envisageable dans un cadre strictement limité. Elle est aussi utilisée souvent comme étalon de référence à contenu variable en vue d’atteindre divers objectifs dont on évoquera quelques exemples.