L’avenir de l’Europe sociale : Solidarités, droit et protections sociales PDF

Portrait de Joseph Staline par Isaak Brodsky. L’URSS sous Staline est un État souvent présenté comme l’un des principaux exemples de régime totalitaire, modelé par un dirigeant qui disposait de la totalité des pouvoirs. Des enthousiasmes l’avenir de l’Europe sociale : Solidarités, droit et protections sociales PDF coexistèrent avec les pressions, les contraintes ou les résistances au moins passives.


Europe économique, Europe politique, Europe sociale : il s’agit là d’espaces et de logiques qui, loin de coïncider, se heurtent, voire se contredisent souvent. L’hypothèse sous-tendant les analyses de ce volume est que nombre de difficultés liées à la construction européenne résultent d’un défaut de volonté politique, sinon d’une grave exténuation du désir de citoyenneté. Les explications qui mettent l’accent sur l’insécurité et, pire, sur certaines tendances  » culturelles  » lourdes (individualisme et utilitarisme) ne manquent pas. Soucieux de ne pas aggraver le découragement ambiant, les auteurs se sont attachés à souligner certaines réalisations, modestes et pourtant prometteuses, en matière de droits civiques et sociaux. Ils ont cherché à discerner, outre les acteurs influents, les principes – dont la solidarité – susceptibles de faire de l’Europe sociale un projet résolu, condition pour que l’Europe devienne enfin un espace de reconnaissance effective de la dignité de chacun et de tous.

Cette politique qui fit des millions de victimes fut soigneusement dissimulée par le régime pour l’étranger, tandis qu’à l’intérieur se généralisait la délation, chacun voulant prouver sa  vigilance révolutionnaire  à la police politique pour ne pas être soupçonné et arrêté soi-même. Des milliers de villes, d’exploitations agricoles et de voies de communications sont détruites. Les acquis du développement industriel, le contrôle étroit de la société par l’appareil politique et policier, et les sacrifices imposés aux citoyens soviétiques, auxquels s’ajoute l’aide alliée, ont ainsi permis à l’URSS de devenir le principal vainqueur de la Seconde Guerre mondiale, tout comme la deuxième superpuissance mondiale dans le monde d’après-guerre. Des tensions à l’intérieur du parti apparaissent déjà alors que Lénine est gravement malade et en retrait depuis 1922. Staline va s’employer à écarter du pouvoir Léon Trotski, son principal rival, accusé de  révisionnisme antibolchévik . Staline mais ne désignant pas de successeur. Les débats entre les différentes factions du parti vont aboutir au renforcement de ce dernier.

Nikolaï Boukharine et la  droite  s’y opposent, s’inquiétant des conséquences qu’aurait sur les paysans, qui forment toujours l’écrasante majorité de la population, une industrialisation trop rapide du pays. Le  clan  de Staline est rapidement amené à utiliser cette nouvelle caste d’apparatchiks pour isoler la  vieille garde  bolchévique après la guerre civile. Staline appuie d’abord la  droite  et réprime sévèrement la gauche. En 1929, il est devenu le dirigeant suprême du pays. La célébration de ses 50 ans, le 21 décembre, marque le début d’un culte autour de sa personne.

Il installe sa dictature, met fin à la NEP et cesse de ménager les paysans. La propriété privée est abolie, les terres et les moyens de production des paysans sont confisqués, et regroupés dans les kolkhozes ou les sovkhozes. Pravda, autorise les sorties de kolkhozes. Mais à peine la récolte de l’année assurée, des bataillons de volontaires recrutés dans les villes repartent violemment à l’assaut des paysans. En peu d’années, 400 000 familles de  koulaks  sont déportés à la hâte en Sibérie dans des conditions inhumaines, et abandonnées à leur sort sur place. En quelques années, également, 25 millions de paysans fuient les campagnes où sévissent la violence et la faim, et se réfugient dans des villes condamnées de ce fait à une explosion démographique anarchique.

Les résultats d’ensemble restent donc décevants. En éliminant les  koulaks , l’agriculture s’est privée de ses éléments les plus dynamiques. L’ancienne Russie, premier exportateur de céréales au monde sous les tsars, devient définitivement un pays importateur. Grâce à l’exode rural de masse provoqué par la nationalisation des terres, l’industrie du pays bénéficie d’une main-d’œuvre abondante. L’achat à vil prix des récoltes par l’État lui permet aussi de financer l’industrialisation.

Le combinat métallurgique de Magnitogorsk dans les années 1930 : l’URSS culmine alors la production mondiale d’acier. Décidé à faire de l’Union soviétique une grande puissance industrielle et militaire capable de protéger et de développer l’héritage de la révolution, Staline décrète la nationalisation de toutes les entreprises et supprime la catégorie sociale des nepmen. Même l’artisanat individuel est interdit, au moins jusqu’en 1936. Staline charge le Gosplan de la planification de l’économie. Celle-ci fait de l’URSS une dictature productiviste vivant dans l’obsession d’accomplir et de dépasser des normes de production toujours rehaussées. Dès 1931, l’objectif officiel est même d’accomplir le plan quinquennal en quatre ans seulement.

Le chômage disparaît officiellement, les bourses du travail et les allocations aux sans-emploi sont supprimées dès 1930. La journée de travail est allongée. Pendant toute cette période, de nombreux techniciens et scientifiques étrangers, notamment allemands et américains, sont accueillis en Union soviétique et contribuent à aider et à conseiller leurs homologues soviétiques. En 1940, l’Union soviétique se place au troisième rang des pays les plus industrialisés au monde. Le gaspillage de ressources et d’énergies est considérable, et beaucoup de travaux sont bâclés ou inachevés. L’efficacité est souvent sacrifiée au grandiose, à la précipitation et à la propagande.