L’eurocentrisme : critique d’une idéologie PDF

Il ne s’agit pas d’une autre déclaration typique des faux prophètes  new-age  où le mot  amour  entre dans le circuit mercantile du capitalisme et dans les codes de domination raciale de l’impérialisme, sinon d’une déclaration révolutionnaire qui implique la fin de la l’eurocentrisme : critique d’une idéologie PDF actuelle et la fondation d’une nouvelle civilisation à travers une révolution politique décolonisatrice. Les privilèges de la blanchité se construisent sur un système d’oppression impérialiste qui aveugle la majorité des Blancs quant aux oppressions qu’ils génèrent dans le reste du monde. Comme dit Houria du philosophe français le plus connu du XXe siècle -à propos de sa complicité envers le racisme génocidaire que le colonialisme sioniste exerce contre le peuple palestinien :  Se résoudre à la défaite ou à la mort de l’oppresseur, fût-il juif. Il ne s’agit pas non plus d’une politique sectaire essentialiste anti-blanche qui ne permettrait pas d’alliances avec la gauche blanche.


La reconstruction d’une théorie sociale non eurocentrique impose une vision du développement qui rende compte du miracle européen sans recours aux subterfuges de l’eurocentrisme, comme elle impose le concept de valeur mondialisée. « Copyright Electre »

L’invitation à une alliance politique est toujours ouverte dans ce manifeste décolonial et dans la pratique politique des mouvements décoloniaux. Mais pour avancer vers une alliance politique, il faut auparavant créer des mouvements décoloniaux autonomes qui génèrent la force politique qui permettra de négocier à partir d’une position de force. Une mise au point: la  gauche blanche  existe aussi bien en Europe, aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Canada, qu’en Amérique latine, en Afrique, en Asie et dans les Caraïbes, parce que n’est pas une couleur de peau qui est en jeu, mais une épistémologie, une pratique politique, une manière eurocentrée de voir, de penser et d’être dans le monde. On peut être noir, métis, indigène ou asiatique et faire partie de la gauche blanche. Mais pareillement nous pouvons affirmer que ce livre nous dit aussi :  Écoute colonisé! Ici se trouvent aussi les clés de leur libération.

Peut-être devrait-on dire :  Écoute occidentalisé ! Blancs et non-Blancs, tous ceux d’entre nous qui avons internalisé l’occidentalisation dans nos corps et nos esprits. Pour l’auteure, ni les opprimés ni les oppresseurs ne s’en tirent à bon compte. Mais il ne s’agit pas non plus d’un livre qui critique sans laisser d’alternatives.

La proposition que nous soumet l’auteure est d’une importance fondamentale. Il ne suffit plus de dire que  Nous sommes anticapitalistes . Si le capitalisme est raciste, génocidaire, patriarcal, epistémicidaire, écocidaire, eurocentré, etc. Le capitalisme n’est pas le fondement du système comme le dit la gauche blanche.

Après plusieurs siècles d’expansion coloniale européenne à partir de 1492, toutes les civilisations existantes avec leurs différentes formes d’économie, d’autorité politique, d’idéologies, de cosmovisions, de manière d’être en rapport avec d’autres formes de vie, de technologies plus écologiques, de manières plus égalitaires dans les relations de classe, de genre et de sexualité, etc. Le  choc de civilisations  est une grande fiction parce qu’aujourd’hui il n’existe qu’une seule civilisation planétaire. Il n’y a aucun sens non plus à parler d’une lutte anticapitaliste exclusive qui ne remettrait pas en question le projet civilisationnel de la modernité parce qu’on finirait par reproduire à nouveau tout ce contre quoi on lutte. Ce qui est proposé est un projet politique au-delà de la modernité ou comme le dit Enrique Dussel, philosophe de la libération latino-américain, un projet vers la  transmodernité  à partir de la diversité épistémique du monde. Voilà l’invitation que nous font tous les penseurs décoloniaux hommes et femmes y compris l’auteure de ce livre. Houria Bouteldja est une des activistes et penseuses décoloniales les plus importantes de notre temps.

Le PIR est un mouvement décolonial autonome qui lutte pour la décolonisation de la France en appelant au plan national à un  internationalisme domestique  et au plan international à un  internationalisme décolonial . Houria Bouteldja nous rappelle que le problème, c’est la modernité elle-même et non les peuples qu’elle rend inférieurs. Une autre mise au point : indigène dans ce livre est le terme qui fut utilisé par l’empire français pour nommer tous les peuples dominés et exploités dans les colonies. Si bien que le terme ne fait pas uniquement référence aux peuples originaires, sinon à tous les peuples colonisés par l’empire français, des Vietnamiens aux Antillais. En espagnol, il serait plus adéquat de traduire  indigènes  tel qu’il est utilisé dans ce livre comme l’équivalent des  sujets coloniaux . Si l’exploitation de classes produit la lutte de classes sociales et la domination de genre produit la lutte de genres sociaux, la domination raciale produit une lutte de races sociales.

L’emploi de  décolonialité  aujourd’hui n’est pas réductible à un projet d’  indépendance  et de  souveraineté  face à une administration coloniale comme on l’entendait aux XIXe et XXe siècles. C’est cela et beaucoup plus parce que la colonialité étant le côté sombre de la modernité, elle possède une multiplicité de hiérarchies de dominations qui ne se réduisent pas au colonialisme. D’autre part, Houria Bouteldja nous rappelle aussi que si tous les anti-impérialismes et anticolonialismes ne sont pas décoloniaux, tout décolonial doit être avant tout radicalement anti-impérialiste et anticolonialiste. Cependant, le  décolonial  devient une mode. Il y a aujourd’hui des  décoloniaux  mal nommés qui sont très coloniaux dans la mesure où ils ne sont pas radicalement anti-impérialistes ni anticolonialistes, comme le montre le débat sur le Venezuela. Dans ce livre, Houria Bouteldja déclare la guerre ouverte au libéralisme en tant que l’un des mécanismes par excellence de l’impérialisme pour rendre invisible la domination raciale á l’échelle planétaire.