La guerre comique: Molière et la querelle de L’école des femmes PDF

Dessin de Charles Courtry, d’après un tableau de Michel Corneille le Jeune. La guerre comique: Molière et la querelle de L’école des femmes PDF’interdiction de la pièce était sans doute dictée par des considérations de politique religieuse, en particulier par la nécessité de ne pas affaiblir l’Église catholique dans un temps où la dissidence janséniste faisait peser sur elle la menace d’un schisme.


Voici quelque 350 ans, en 1663, une «guerre comique» opposa Molière aux détracteurs de son École des femmes, créée en décembre 1662. Il mena ce combat à travers deux comédies, La Critique de l’École des femmes et L’Impromptu de Versailles, auxquelles répondirent une dizaine de pièces presque toutes dues à ses adversaires (à l’exception d’un partisan tardif). L’originalité de cette «querelle de L’École des femmes», c’est qu’elle se choisit le théâtre pour scène et la scène pour théâtre. Partant de cette intuition, on a tenté de modéliser cette polémique comme une vaste comédie à diverses voix, en l’éclairant à travers plusieurs grilles herméneutiques : celle de la prophétie auto-réalisatrice, pour éclairer l’ambiguïté de l’entrée en querelle ; celle de la prouesse, que Molière voulut opposer aux chicaneries de ses adversaires ; celle de l’écriture spéculaire et de la composition «ironique», qui réalisent l’oeuvre dans la représentation de son échec ou le démontage de son artifice ; celle de la réécriture hypertextuelle, qui a transformé le conflit de textes en une ondulation polyphonique d’arguments et de thèmes empilés et partagés, etc. C’est un enchevêtrement de mobiles, de formes et de fins dont on cherche à démêler l’écheveau pour mieux comprendre le miracle esthétique que constituent la délicieuse Critique de l’École des femmes et le miroitant Impromptu de Versailles.

Cette interdiction a entrainé une importante  querelle , à laquelle ont pris part diverses personnalités de l’époque. Page du registre de La Grange dans laquelle est consignée la création à Versailles du premier Tartuffe. Les 7, 8 et 9 mai 1664, à Versailles, le jeune roi Louis XIV a offert trois journées de divertissement à quelque six cents invités sous le titre des Plaisirs de l’île enchantée. Pourtant, dans les heures ou les jours qui suivent, Louis XIV fait défense à Molière de représenter sa comédie  en public . Ce serait donc en pleine connaissance de cause que Louis XIV avait invité Molière à donner une avant-première du Tartuffe à Versailles.

Hypocrisie sans doute en est un des plus en usage, des plus incommodes, et des plus dangereux, j’avais eu. L’interdiction royale s’applique aussi à l’étranger. En février 1666, Christine de Suède, désireuse de lire la comédie interdite, s’adresse à Hugues de Lionne, ministre des affaires étrangères de Louis XIV, pour en obtenir une copie. Ayant revu le spectacle en septembre 1664 à Villers-Cotterêts, chez son frère et sa belle-sœur, Louis XIV confirme son interdiction. Molière entreprend alors de remanier sa pièce.

Du coup Molière peut produire à la dernière scène le coup de théâtre qui rétablit l’ordre familial bouleversé par les menées de l’imposteur. L’intervention royale, telle que l’Exempt la décrit dans les vers 1904-1944, n’est pas simplement celle d’un deus ex machina venu dénouer une action sans issue. Le roi est en effet présenté comme le garant de la véritable justice, qui ne se laisse pas prendre aux apparences. Autrement dit, Molière avait transformé sa pièce en pièce politique dans laquelle le roi intervenait à ses côtés pour condamner les hypocrites. La nouvelle version du Tartuffe, maintenant intitulé L’Imposteur, résulte d’un travail de réécriture et de restructuration entamé dans les derniers mois de 1664, après que Louis XIV a confirmé son interdiction. Le 16 juillet 1667, Louis XIV, qui depuis deux mois se trouvait en Flandre dans le cadre de la Guerre de Dévolution, vient passer quelques heures à Saint-Cloud chez son frère et sa belle-sœur.

La création a lieu le 5 août 1665 au Palais-Royal devant une salle comble. Molière a ôté de sa pièce tout ce qui était susceptible de  fournir l’ombre d’un prétexte aux célèbres originaux du portrait faire . Ces  adoucissements  n’y font rien : il n’y aura pas de seconde représentation. Dès le 6 août, le premier président du parlement de Paris Guillaume de Lamoignon, qui, pendant l’absence du roi, est chargé de la police de la capitale, signifie à la troupe par huissier que cette comédie est toujours officiellement sous le coup d’une interdiction. Le Roi a désormais les mains liées. Quelque temps après la publication du mandement de Péréfixe, Colbert demande à son bibliothécaire Étienne Baluze, docteur en droit canon, d’examiner la validité de ce mandement. Tout en reconnaissant la légitimité du mandement de Péréfixe, Baluze suggère que l’effet de cette mesure extraordinaire est d’avoir provoqué le mépris des croyants.

Page de titre de l’édition de 1669. Le 5 février 1669, la pièce, enfin autorisée, peut reparaître en public sur la scène du Palais-Royal et sous le titre Le Tartuffe ou l’Imposteur. La salle est archicomble, le succès est immédiat. Je suffoque, je n’en peux plus ! 860 livres le premier jour, six recettes de plus de 2. 000 livres, 16 de plus de 1000, une moyenne de 1.

L’affaire du Tartuffe est aussi une affaire d’argent. On a cru pendant longtemps que la pièce donnée le 12 mai 1664 devant Louis XIV et ses invités était inachevée, et que Molière et ses camarades avaient représenté, sous le titre Le Tartuffe ou l’Hypocrite, les trois premiers actes seulement d’une  grande comédie  conçue pour en compter cinq. Le spectacle se terminait donc sur le triomphe de Tartuffe s’apprêtant à épouser Marianne et à recevoir le don de la maison familiale de la main d’Orgon. Orgon est l’archétype du personnage de cour tombé sous la coupe de Tartuffe, un hypocrite et un faux dévot.

Il est, ainsi que sa mère, Madame Pernelle, dupe de Tartuffe. Ce dernier réussit à le manipuler en singeant la dévotion et il est même parvenu à devenir son directeur de conscience. Il se voit proposer d’épouser la fille de son bienfaiteur, alors même qu’il tente de séduire Elmire, la seconde femme d’Orgon, plus jeune que son mari. La scène d’exposition s’ouvre sur le départ mouvementé de madame Pernelle, mère d’Orgon, déçue et révoltée du train de vie que mènent ses petits-enfants, sa belle-fille et son beau-fils par alliance. Ainsi l’acte s’ouvre sur le chaos installé par Tartuffe dans cette famille. Il raconte avec émotion à Cléante sa première rencontre avec Tartuffe.

Orgon veut briser son engagement envers Valère et marier sa fille Mariane à Tartuffe. Cette nouvelle cause une dispute entre les deux amants, dispute vite réglée par Dorine la suivante de Mariane, qui complote pour rétablir le calme dans sa maison. Tartuffe apparaît et tente de séduire Elmire. Damis entend la conversation et en informe son père. Par la suite, Damis est chassé par son père qui l’accuse de dénigrer Tartuffe. Orgon veut faire de Tartuffe son héritier.