La Passion du politique: Nous entrons dans l’âge de la liberté sans choix PDF

Retour sur le débat entre Philippe Meirieu et Marcel Gauchet à Avignon : « Comment réinventer l’école? Faut-il en finir avec la pédagogie? Diaporama de la conférence donnée dans le cadre la Passion du politique: Nous entrons dans l’âge de la liberté sans choix PDF mercredis de Créteil le 14 janvier 2009 : « Quelle parole face à la violence  ?


Notre vision de l’histoire et nos comportements face aux trois spectacles qui ont monopolisé l’attention : le show politique, l’écran des taux de change, la liturgie sportive. « Copyright Electre »

Sur quoi fonder l’autorité des enseignants dans nos sociétés démocratiques ? Dépister ou éduquer : faut-il choisir ? Quelle stratégie pour les militants pédagogiques aujourd’hui ? Eduquer aux médias, éduquer les médias : pour un sursaut citoyen !

Adolescent à l’école  :   est-ce possible ? Encore un petit effort pour comprendre « l’Education nouvelle » ! Qu’est-ce qui permet de rattacher ou non les nombreuses écoles et les multiples projets alternatifs du mouvement dit d’Éducation nouvelle ? Il faut d’abord préciser ce que l’on entend par « Éducation nouvelle » et c’est loin d’être aussi facile qu’on ne le croit.

La première new school est créée en 1889 en Angleterre par le pasteur Cecil Reddie : il y élève ses propres enfants puis l’ouvre aux enfants des alentours. Son principe : l’apprentissage par l’activité dans un cadre familial et naturel. On y apprend la biologie et la géométrie à partir du jardinage, la langue en lisant et rédigeant lettres et journaux, etc. En réalité, ces idées, qu’on prétend issues de Rousseau sont, alors, assez largement dans l’air du temps. Elles se développent à partir de la dénonciation de la « pédagogie noire » qui triomphe dans certaines écoles et relève clairement de la maltraitance.

Elles font écho au combat de Maria Deraismes contre la toute-puissance paternelle et entrent en résonance avec les œuvres littéraires ou les travaux psychologiques qui montrent que « l’enfant est une personne ». Mais ce n’est qu’avec la Première Guerre mondiale que ces idées vont « cristalliser ». Piaget à Freinet, de Decroly à Geheeb, des Européens aux Africains et Sud-Américains, etc. Ainsi, les différents mouvements et multiples courants qui se réclament de l’Éducation nouvelle, s’ils ont en commun, un même refus de « l’école assise » où l’enfant serait assigné à reproduire des comportements standardisés, s’ils veulent tous former les élèves à « se prendre en charge », s’ils prônent systématiquement les « méthodes actives », ne mettent pas les mêmes choses derrière les mêmes mots. On sait, par exemple, que Freinet et Montessori étaient à la fois en accord sur certains points et radicalement en désaccord sur d’autres.

L’un et l’autre ont travaillé à l’élaboration de « méthodes pédagogiques » qui accompagnent le développement de l’enfant, la première à travers l’élaboration d’ « outils », le second à travers la mise au point de « techniques ». Maria Montessori a conçu des outils très précis, censés, en même temps, correspondre aux « lois du développement de l’enfant » et à la structuration des savoirs : les blocs logiques, comme l’ensemble de son matériel, constituent ainsi une « interface » entre l’intelligence de l’enfant et la structure des mathématiques. Lors du Congrès de Nice de la Ligue internationale de l’Éducation nouvelle, en 1932, Élise Freinet décrit même férocement l’arrivée de la dottoressa : « Le congrès fut tout entier dominé par le prestige de Mme Montessori. Mais, derrière ces reproches, il y a un double débat, politique et pédagogique. On voit, à partir de cet exemple, que la question n’est peut-être donc pas « Qu’est-ce qui permet de rattacher telle ou telle école à l’Éducation nouvelle ? Peux-tu expliciter la notion d’ « hyperpédago » que tu utilises dans ton livre ? Et comment expliquer que les « hyperpédagos » sont peu attaqués par ceux qui fustigent les soi-disant « pédagogistes » ?

Ceux et celles que j’appelle les « hyperpédagos » n’ont lu l’Émile de Rousseau qu’à moitié. Si vous substituez, dans son esprit, l’autorité à la raison, il ne raisonnera plus : il ne sera plus que le jouet de l’opinion des autres. Autrement dit, toute éducation est dialectique : c’est l’adulte qui éduque et enseigne, mais c’est l’enfant qui grandit et apprend. Or, ceux que j’appelle les « hyperpédagos » sont, comme les « antipédagos », réfractaires à la dialectique : ils ne veulent considérer qu’un des deux volets – pourtant aussi inséparables que le recto et le verso d’une feuille de papier – de l’acte éducatif.