La Séduction PDF

Je fais partie de ceux qui ont aimé le livre de François Bégaudeau Entre les murs. L’ouvrage comporte, en effet, la Séduction PDF travail particulièrement intéressant sur le langage : on y ressent une belle jouissance de lecture due, de toute évidence, à l’usage d’une langue métissée qui jaillit, à chaque ligne, avec une fantastique liberté. Le roman a un vrai pouvoir évocateur, le pouvoir de « créer un monde » et de nous y projeter. Bien sûr, on peut aussi interroger cet ouvrage avec un regard pédagogique.


Dans la veine d’Une année en Provence et de Sacrés Français !, Elaine Sciolino nous convie à un voyage au coeur du  » French Way of Life « . La France : capitale mondiale du jeu de la séduction.

La France, première destination touristique mondiale, exerce son pouvoir d’attraction sur la planète : vins, fromages, foie gras, parfums, haute couture et lingerie fine, tout évoque un  » French way of life  » où la quête – et le partage – du plaisir occupe une place essentielle. Pour nos détracteurs, ce  » modèle français  » qu’on présente comme si enviable n’est qu’une mascarade : la France est un vieux pays fatigué, à l’économie anémique, les Françaises sont des marie-couche-toi-là d’une indulgence coupable avec leurs hommes, lesquels se réduisent à une bande de beaufs en rut – n’a-t-on pas vu l’un de nos plus éminents représentants accusé de viol et sortant menotté du commissariat comme dans une mauvaise série télé ?
La vérité est plus complexe et plus intéressante, explique Elaine Sciolino au terme de cette enquête au cours de laquelle elle a interrogé une vaste gamme de figures de la culture, de l’art mais aussi de la politique et de l’économie. C’est moins la quête du plaisir pour le plaisir qui occupe une place centrale dans notre culture et nos relations sociales que l’art et la manière d’y parvenir, à savoir le jeu de la séduction.

La chose est, d’ailleurs, d’autant plus aisée que le narrateur laisse entendre sa grande difficulté à mettre en cohérence ses idéaux et ses actes. Ainsi, après avoir dit à deux élèves qu’elles avaient une « attitude de pétasses », le voit-on « pivoter sur place pour s’engouffrer dans l’escalier ». Tout de suite, ajoute-t-il, mes yeux ont piqué. J’avais, moi-même accueilli François Bégaudeau, à la sortie de son roman, à L’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de l’Académie de Lyon. Au moment de la Palme d’Or, je m’étais réjoui, sans avoir vu le film, qu’une œuvre qui parle de l’école soit ainsi couronnée, ajoutant, dans le journal Libération, que c’était une excellente chose de « replacer l’éducation au cœur des enjeux de société, de montrer la réalité du terrain scolaire » et que cela pourrait permettre, sans doute, « de sortir des traditionnels débats idéologiques sur l’école ». Du côté de l’œuvre d’art, il faut, bien sûr, s’incliner devant la performance : un huis clos, ou presque, magistralement filmé, avec une grande force dans les images, épurées à l’extrême, sans effets inutiles. Il faut insister aussi sur la performance des adolescents qui jouent avec un « naturel » extraordinaire : on nous dit que des ateliers de travail d’acteur ont été mis en place pour eux.

A priori, il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter : la singularité de cette histoire la préserve de toute récupération. Impossible de statuer sur la question de l’école et de la pédagogie, sur celle de l’autorité ou celle de la violence à partir d’une histoire parmi d’autres, d’un portrait très spécifique et incarné. Impossible, a fortiori, de conclure au fiasco de l’École tout entière sur la base d’un ratage individuel, aussi bien décrit soit-il. Mais, les choses se compliquent pour toute une série de raisons. D’abord, nous sommes, dans les deux sens du terme, en « terrain sensible ».

Or, la configuration dramatique du film n’est pas du tout celle du roman. Dans le film, contrairement au roman, les choses se trament et se nouent autour du personnage de Souleymane. Souleymane du fait que son professeur de français a dit, en conseil de classe, qu’il était « limité ». Un bref mouvement de caméra nous montre, d’ailleurs, la rupture sur le visage de l’élève : alors qu’une relation affective s’était établie avec le professeur, tout bascule pour lui.