Le Dix-huit Brumaire: L’épilogue de la Révolution française, 9-10 novembre 1799 PDF

Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint-Cloud. 10 novembre 1799 par François Bouchot, 1840, château de Versailles. Saint-Cloud, où le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens sont réunis, c’est le 18 que la conjuration met le Dix-huit Brumaire: L’épilogue de la Révolution française, 9-10 novembre 1799 PDF place les éléments nécessaires au complot.


Le 18 Brumaire est le commencement et la fin d’une histoire ; il marque l’accession au pouvoir de Bonaparte et l’épilogue provisoire d’une Révolution française qui n’en finit pas de s’achever. Depuis 1789, elle a parcouru tout le cycle des formes politiques connues pour s’enliser dans une impasse dont elle ne sait plus comment sortir : la République, souillée par la Terreur, est devenue impossible ; la monarchie, synonyme de contre-révolution, l’est autant.
C’est donc au général corse, devenu un héros national sur les champs de bataille, qu’il revient de l’en sortir : fils de la Révolution, il en incarne la gloire militaire sans avoir à en assumer les excès ; né à la périphérie du royaume, il a assez de proximité avec ses compatriotes pour comprendre les passions révolutionnaires et assez de distance pour ne pas y succomber. Lui seul paraît capable de réconcilier les deux peuples et les deux histoires que la Révolution a séparés. Mais pour comprendre la réussite de son coup d’audace, dont ce livre restitue le cours haletant, c’est le régime du Directoire, ses incuries et son échec, que l’auteur interroge aussi à frais nouveaux.
Brumaire est un vrai coup d’État, mais singulier : sans violence ou presque, sans victimes, sans proscrits, entouré d’un consentement tel qu’il sera longtemps considéré comme une élection que les circonstances avaient privée des formes légales. Et même s’il inaugure un régime plutôt éphémère, l’irruption de Bonaparte dans l’histoire révolutionnaire imprimera durablement sa marque sur notre légendaire national et l’esprit de nos institutions.

Patrice Gueniffey, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, est l’auteur notamment de Le Nombre et la raison. La Révolution française et les élections (1993) et de La Politique de la Terreur (2000).

Sieyès souhaite renverser la Constitution de l’an III. Pour cela, il utilise la complicité du Conseil des Anciens, et oblige l’ensemble des députés à se déplacer à Saint-Cloud, au prétexte d’un péril jacobin. En effet, depuis 1789, les assemblées se trouvent toujours sous la menace de la population parisienne. En déplaçant les assemblées, on s’assure que la population parisienne ne pourra pas intervenir. Le financement du coup d’État est assuré par le concours de financiers inquiets de l’instabilité politique, de la faillite de l’État et de la crise économique que le Directoire ne parvient pas à endiguer. Il lui faut aussi un soutien militaire, qu’il trouve auprès de Bonaparte, qui assurera le commandement des troupes de Paris ainsi que la garde du corps législatif.

Puis, il faut que le Directoire s’effondre pour permettre la rédaction d’une nouvelle Constitution. Bonaparte les reçoit et leur fait un tableau très sombre de la France que les  pékins , les  avocaillons  ont menée au bord de la catastrophe. Séance du Conseil des Anciens aux Tuileries. Un inspecteur de la salle déclare que les  anarchistes  sont prêts à renverser la représentation nationale et que, pour déjouer leur plan, il faut transporter les Conseils hors de Paris. Le corps législatif est transféré dans la commune de Saint-Cloud, les deux conseils y siégeront dans les deux ailes du palais. Ils y seront rendus demain, 19 brumaire, à midi. Toute continuation de fonctions, de délibérations, est interdite ailleurs et avant ce terme.

Le général Bonaparte est chargé de l’exécution du présent décret. Le général Bonaparte est appelé dans le sein du conseil pour y recevoir une expédition du présent décret et prêter serment. Le présent décret sera imprimé, affiché, promulgué et envoyé dans toutes les communes de la République par des courriers extraordinaires. Après cette lecture, suivie du cri unanime de  Vive Bonaparte ! Je l’ai accepté pour seconder les mesures qu’il va prendre et qui sont toutes en faveur du peuple. Le décret est voté, les Conseils siégeront le lendemain à Saint-Cloud.

Sur le champ, les chefs des quarante-huit sections reçoivent l’ordre de faire battre la générale et de faire proclamer le décret dans tous les quartiers de Paris. Pendant ce temps-là, Bonaparte se rend à cheval aux Tuileries, suivi d’un important cortège de généraux et de soldats. Cette allocution est accueillie par de nombreux applaudissements, et le nouveau commandant général va passer la revue des troupes. Le général Lefebvre conserve le commandement de la 17e division militaire, et Moreau lui-même accompagne Napoléon Bonaparte en qualité d’aide de camp. Au palais du Luxembourg, les directeurs Louis Gohier et Jean-François Moulin constatent qu’ils sont abandonnés par les trois autres et  gardés  par le général Moreau.

Dans le jardin des Tuileries, Bonaparte apercevant Botot, le secrétaire de Paul Barras, lui adresse une allocution restée célèbre :  Qu’avez-vous fait de cette France que je vous avais laissée si brillante ? Le président Lucien Bonaparte lit le décret de transfert à Saint-Cloud. Napoléon Bonaparte et son état-major font garder par les troupes les points stratégiques de Paris et de la route de Saint-Cloud. La vie y continue comme à l’ordinaire.

Luxembourg lui fait abandonner son projet. La propre garde du Directoire se met, de son propre mouvement, à la disposition du héros de l’Italie et de l’Égypte, et les directeurs s’estiment heureux qu’on leur permette d’aller finir leurs jours dans l’obscurité et la retraite. Salle des Cinq-Cents à Saint Cloud. Les députés, souvent accompagnés de leur famille, gagnent Saint-Cloud où l’animation est grande.

Dans le parc, bivouaquent la garde des Conseils et une dizaine de compagnies de la 79e demi-brigade. Rue Chantereine, Napoléon Bonaparte discute avec les officiers et les civils importants chargés de l’opération. Escorté par un détachement de cavalerie, Bonaparte part pour Saint-Cloud. Bonaparte et son escorte arrivent au château de Saint-Cloud. Ils sont accueillis par des cris variés :  Vive Bonaparte  pour les partisans du coup d’État, ou  Vive la Constitution !

Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents, ouvre la séance. Des Jacobins prennent d’abord la parole. L’un d’eux fait décider que tous les députés devront prêter serment de fidélité  à la Constitution de l’an III , que le coup d’État doit abolir. La séance du Conseil des Anciens commence. Plusieurs députés jacobins demandent des explications sur le  complot  qui a causé le transfert à Saint-Cloud. Napoléon Bonaparte et Emmanuel-Joseph Sieyès s’impatientent.