Le paradoxe français PDF

Peut-être avez-vous remarqué le retour du non-style: jeans délavés, polaires et baskets lâches. Derrière cela se cache un concept. Une des le paradoxe français PDF représentatives du «normcore», tel que publié dans le NY Mag.


A force de chercher la singularité, ils ont atteint une nouvelle frontière. Un horizon lointain, totalement exotique: la normalité. Ainsi est le normcore, une esthétique de la normalité, un refus apparent de la mode au nom d’un retour à l’âge pré-adolescent où le vêtement n’était pas encore un enjeu social. Le normcore, c’est la distinction hipster qui devient indistinctive. Le normcore a explosé à la face du monde à l’occasion d’un article du New York Mag publié le 26 février. La journaliste Fiona Duncan part d’un constat troublant: l’été dernier, en se baladant dans Soho, elle ne pouvait plus distinguer les jeunes branchés des touristes de la classe moyenne américaine. Les deux sont habillés pareils, dans un parfait non-style: jeans délavés, polaires et baskets lâches.

Cette «fadeur stylisée» et «consciente d’elle-même», c’est le normcore. Jerry Seinfeld et Steve Jobs deviennent subitement des icônes de mode, et François Hollande lui-même peut entretenir quelque espoir. Les grosses polaires Patagonia, les New Balance les plus banales, les chaussettes de tennis blanches Nike et les sandales Birkenstock retrouvent une place dans les magazines de mode. Dans la foulée de l’article du New York Mag, le magazine GQ publie les 10 essentiels du normcore.

Le Guardian s’interroge: est-ce la future grande mode? 27 Février 2014Un buzzword est né. Comme toujours avec ces mots surgis de nulle part, il est difficile de distinguer s’ils recoupent exactement une tendance ou si c’est le mot lui-même, par sa perfection formelle, qui génère cette tendance. C’est souvent un peu des deux. Le normcore, critiqué comme étant le «dernier délire hipster» ou un concept carrément puant, part d’une réflexion qui ne manque pas d’intérêt. Il faut toujours aller plus loin, pour essayer d’être unique. Mais chacun dans son coin n’est pas plus unique que son voisin.

C’est le paradoxe du hipster, obligé de refuser le label «hipster» qui, en l’englobant dans un tout, détruit de fait sa quête de singularité. A cet épuisant «we need to go deeper», répond le normcore. Quand les marges deviennent de plus en plus peuplée, la culture indie se tourne vers le milieu. Une fois réalisée la différenciation, le vrai cool est de tenter de maîtriser la normalité. Le normcore est un retour à l’esthétique des origines, celle des centres commerciaux des suburbs américains. Atteindre un certain niveau de liberté culturelle implique de rejeter ce rejet.