Les hasards nécessaires PDF

Cet article sert régulièrement de base à des conférences. Novembre 2002, texte désormais disponible en ligne ICI. De graves atteintes narcissiques Tout échec, chez qui les hasards nécessaires PDF ce soit, et de quelque type qu’il soit, implique, presque par définition, une « atteinte de l’image de soi ».


Jean-François VÉZINA est psychologue. Il a été président du Cercle Jung de Québec et a animé une émission de radio sur les symboles au cinéma. Conférencier international, il écrit régulièrement des articles sur la psychologie et le cinéma dans la revue Cerveau et Psycho.

Nous avons tous fait l’expérience de coïncidences déroutantes qui semblent réfuter le hasard, orchestrées dans un but qui échapperait à notre conscience. Nous avons tous rencontré  » par hasard « , à des moments précis de notre vie, des personnes qui en ont radicalement changé la trajectoire. Qu’est-ce qui nous prédispose à de telles rencontres ? Inspiré par le concept de synchronicité du psychiatre Carl Gustav Jung, et à la lumière de métaphores tirées de la théorie du chaos, ce livre parcourt de nouvelles voies de compréhension du rôle des coïncidences dans les relations qui nous transforment.

 » Un bel essai, qui ouvre des perspectives étonnantes sur les pouvoirs insoupçonnés de l’esprit humain.  » Psychologies magazine

Mais l’échec scolaire tend à aggraver ces réactions habituelles, pour quatre raisons au moins. Autrement dit, l’enfant est narcissiquement dépendant, dans des proportions bien plus grandes que l’adulte. L’échec est précoce Les enfants qui réussissent mal à l’école, même ceux qui n’échouent pas dans les classes de l’enseignement spécialisé, sont presque toujours en grande difficulté dès le Cours Préparatoire. Voir sur ce point les études ministérielles sur les corrélations entre la scolarité en Cours Préparatoire et la réussite au Lycée. L’échec scolaire n’est probablement que très exceptionnellement le fruit de « circonstances malheureuses ».

Peu de « hasards » ici : ce sont les plus « fragiles » qui échouent. L’école est au cœur des valorisations des enfants Enfin, aujourd’hui, dans nos sociétés développées, la scolarité est devenue, dans presque tous les milieux, la tâche essentielle des enfants : on demande d’abord à un enfant de « bien travailler à l’école ». Le plus souvent, même, on ne lui demande que cela. Le travail scolaire est ainsi devenu sa plus importante source de reconnaissance, sinon la seule. Il consiste à effacer les traces conscientes de ces pulsions ou tentations. Le simple refoulement ne peut guère jouer ici, car les pulsions internes ne sont pas directement en cause. L’enfant, lui, tend à « agir » ses régressions.

Il ne se réfugie pas mentalement dans des souvenirs agréables, comme le fait parfois l’adulte, et plus souvent encore la personne âgée. Il actualise dans des conduites ces situations antérieures. La gestion psychopédagogique des problèmes posés par ces mécanismes régressifs est assez difficile. On est contraint de naviguer à vue entre deux écueils.

Le déplacement Dans le déplacement, le désir narcissique, le besoin d’estime de soi, se détourne de l’activité scolaire où il ne trouve pas à se satisfaire, et tente de trouver des gratifications dans d’autres activités. Narcissiquement, c’est un comportement qui peut être très adaptatif si l’enfant trouve de fait ailleurs d’autres gratifications. Certains de ces déplacements, fréquents même chez les élèves de l’enseignement spécialisé, restent cependant liés au cadre scolaire. Il s’agit par exemple de « positions » intrascolaires comme celle de « pitre de la classe », ou de « caïd des cours de récréation » ou des sorties d’école. Toutes ces attitudes dénotent un maintien, plus ou moins perverti bien sûr, du « lien à l’école ». Cela n’est pas très grave, bien au contraire, mais uniquement tant que cela n’entrave pas des activités plus « réalistes ». La réaction pédagogique face à ce mécanisme de défense est, pour une fois, simple et aisée dans la plupart des cas.

Il ne faut toutefois pas se faire trop d’illusions sur la réalité du public de l’enseignement spécialisé. L’enfant rêveur est potentiellement un bon élève, puisqu’il a « par nature » une activité mentale intense, laquelle constitue la matière première essentielle de la scolarité. Il parvient en fin de compte assez rarement à se rendre assez mauvais pour atterrir dans nos classes. Ne pas confondre dénégation et déni. Voir ci-dessous, et voir le chapitre sur le déni. On peut seulement noter que la puissance même de la vindicte antiscolaire de la famille témoigne à sa façon d’un fort attachement à l’école. L’identification à l’agresseur C’est un mécanisme de type masochique : l’enfant, agressé par une école dévalorisante pour lui, se défend contre cette dévalorisation en suradhérant à ce qu’il pense être les valeurs et les exigences de cette école sadique, ou en se suridentifiant au maître qui incarne cette école, et en trouvant plaisir et fierté dans ces identifications.

La projection sur autrui Il s’agit d’un mécanisme défensif très classique : c’est le principe du « racisme du petit blanc ». Ce mécanisme tend à se coordonner avec celui de l’identification à l’agresseur, l’enfant singeant alors les jugements négatifs portés sur lui, en radicalisant leur dureté, et bien sûr en reportant ces jugements sur les autres. C’est aussi une position qui permet aussi d’éviter les pires dérives masochiques, car l’enfant, dans cette situation, parvient à rester dans un registre dominant de type sadique. Le fond d’identification masochique est alors bien masqué par la « collaboration » active à l’écrasement des plus faibles. Il s’agit cependant là d’une attitude professionnellement inadmissible. D’une part, elle favorise des attitudes déplorables chez l’enfant-caïd, et menace de les stabiliser.

D’autre part, elle est insupportable pour les autres enfants, en particulier pour les plus fragiles, qui ont déjà suffisamment à supporter de par leurs difficultés scolaires sans avoir à subir en plus les mauvais traitements de ces petits « kapos ». D’une façon générale, la propension fréquente des enfants blessés à utiliser entre eux le mécanisme de la projection sur autrui de leurs difficultés propres appelle une ferme intervention du maître, faute de quoi l’atmosphère du groupe devient vite irrespirable, et moralement délétère. Lorsqu’elle est réactionnelle, l’inhibition consiste à désinvestir les activités décevantes ou blessantes, ou, plus exactement, les grandes fonctions du Moi sollicitées par ces activités. Plus couramment, l’inhibition, très fréquente durant la seconde enfance et l’adolescence, reste sectorielle, et permet alors des déplacements ou d’autres formes de compensation. Sur le plan psychopédagogique, l’inhibition appelle compréhension et prudence de la part du maître spécialisé. Il faut prendre bien conscience du caractère fortement défensif de l’inhibition. Plus que tout autre mécanisme de défense, l’inhibition est, quasiment à nu, une défense contre ce qui fait mal, ou plutôt contre ce qui risque de faire mal.

L’isolation C’est le mécanisme type de la névrose obsessionnelle. Il consiste à isoler la représentation de l’affect qui lui est normalement associé. Appliqué face à l’échec scolaire, ce mécanisme fait que l’enfant sait qu’il échoue, perçoit clairement sa situation, mais n’éprouve, consciemment, aucune souffrance. Il est donc plus radical que le simple refoulement. Il est possible qu’il soit lui aussi en jeu dans le processus de débilisation.