Les indépendances en Afrique : L’événement et ses mémoires (1957/1960-2010) PDF

Un les indépendances en Afrique : L’événement et ses mémoires (1957/1960-2010) PDF de Wikipédia, l’encyclopédie libre. Les théories postcolonialistes sont plus qu’une simple tentative historiographique et s’inscrivent dans une démarche critique.


Un demi-siècle après la vague des indépendances de 1960, l’année 2010 a marqué, pour de nombreux pays d’Afrique, le cinquantenaire de leur accession à la souveraineté et a été jalonné de multiples célébrations. Cet ouvrage se propose de faire revivre ce moment clé des indépendances, à travers une série d’analyses témoignant du moment de l’indépendance, de la diversité des réactions qu’il a générées et du souvenir que les Africains ont construit ou conservé de ces journées de fête ou de doute jusqu’au jubilé de 2010. A partir d’un questionnement renouvelé, les contributions mettent à jour l’extrême diversité des perceptions et des vécus qui coexistent et la complexité jamais démentie du rapport entretenus à cet événement fondateur. Colère et joie se sont mêlées à Tananarive et au Cameroun, fierté et déception ont été perceptibles à Lomé et Dakar. Des fêtes officielles parfois convenues aux bals où l’on a dansé « jusqu’à fatigué », les sociétés africaines ont tenté de s’approprier le moment « indépendance » en faisant parfois entendre des voix discordantes, notamment celles des « vaincus » des luttes politiques de la décolonisation (radicaux ou modérés) ou celles plus discrètes des mondes populaires ruraux et urbains, à la recherche d’une émancipation réelle et non formelle.

Les théories postcoloniales sont un courant de pensée anglophone né dans les années 1980-1990 qui réfléchit sur les héritages coloniaux britanniques en Inde, en Australie, en Afrique et au Moyen-Orient des XIXe et XXe siècles. L’Orient créé par l’Occident, publié à New York en 1978, est généralement présenté comme le point de départ des études postcoloniales. L’auteur étudie l’évolution de la production savante occidentale sur l’Orient, principalement en France et en Grande-Bretagne à partir de la fin du XVIIe siècle. Celle-ci n’est plus seulement pensée selon les analyses marxistes en termes de  mises en dépendance  avant tout économique et politique mais également par la production de connaissances. Edward Saïd formule un  programme intellectuellement séduisant  qui tient  la balance égale entre érudition et engagement politique  son principal objet devenant le  discours colonial . Dès les années 1920, des voix s’élèvent contre la violence du système colonial. Nguyen lance un cri fédérateur sous la forme d’un « Manifeste de l’ Union intercoloniale , association des Indigènes de toutes les colonies ».

Frantz Fanon, psychiatre né en Martinique en 1925, était un virulent critique du colonialisme et de ses violences socio-économiques et psychologiques sur les colonisés. Il était aussi activement engagé dans les luttes anticolonialistes, notamment la lutte de libération algérienne, et ses écrits et son engagement ont largement contribué au processus de décolonisation en Afrique et ailleurs. Edward Saïd, par exemple, qui est le père fondateur des études postcoloniales, est le théoricien chez lequel l’empreinte de Frantz Fanon est la plus manifeste. Son analyse du discours colonial et des représentations des colonisés reprend largement le schéma binaire de Fanon, fondé sur l’opposition colonisateur-colonisé, centre-périphérie, Occident-Orient. Développée il y a environ vingt ans aux États-Unis et largement diffusée dans le monde anglo-saxon, la théorie postcoloniale est d’inspiration postmoderniste. Cette théorie n’est pas uniforme, mais comprend divers courants idéologiques, les deux principaux courants étant la tendance culturaliste et sémiotique, d’un côté, et l’approche matérialiste, de l’autre. La tendance sémiotico-culturaliste, prédominante dans les études postcoloniales, est représentée par Homi Bhabha, Robert J.

Young, Néstor García Canclini, Gayatri Spivak, et Paul Gilroy. L’approche matérialiste, plus axée sur des questions géopolitiques et sur les conditions matérielles des anciennes colonies, est véhiculée par des théoriciens tels que Aijaz Ahmad, Benita Parry, Arif Dirlik, Jan Nederveen Pieterse et Amar Acheraiou. Globalement, les théoriciens de la tradition matérialiste fustigent la théorie postcoloniale surtout en raison de son désengagement du contexte politique et socio-économique des anciennes colonies, au profit de préoccupations culturelles et identitaires propres à la diaspora. Amar Acheraiou aborde de façon plus détaillée les limites de la théorie postcoloniale dans une étude qui met en lumière la densité idéologique et historique du colonialisme, absente dans la théorie postcoloniale actuelle.

Nous sommes entrés depuis quelque temps, en France, dans une nouvelle ère, celle d’une société raciale, où la race vaut pour le social. Les conflits qui traversent la société ne sont plus appréhendés en termes de classes mais dans une perspective ethnique. Les œuvres littéraires qualifiées de postcoloniales s’intéressent souvent au problème d’identité, d’exil, d’aliénation culturelle, de métissage et de racisme. Dans la critique postcoloniale l’analyse peut aussi porter sur des œuvres ayant été écrites et publiées lors de la période coloniale.

L’identité n’est pas fixe ou finie, mais est en construction permanente, et ceci vaut autant pour les identités individuelles que collectives ou nationales. Pendant des décennies, le colonialisme a exercé sur les peuples colonisés une domination politique et économique associée à une emprise culturelle qui se caractérise par une dévalorisation systématique de leur passé et de leurs cultures. Dans les années 1950 et 1960, des luttes anticoloniales éclatèrent un peu partout dans le monde colonisé et avaient pour objectif la libération complète du joug colonial. En Afrique, cette mobilisation du passé et de l’identité collective contre le colonialisme a été propulsée par le mouvement de la négritude initié par les poètes Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. La lutte des anciennes colonies pour la reconstruction identitaire se poursuivit après l’indépendance. Et vite la place de l’héritage colonial, notamment la langue du colonisateur au sein des nouvelles sociétés postcoloniales, occupa le centre des débats. Ainsi, pour des raisons purement pratiques, plusieurs anciennes colonies continuaient à utiliser au niveau administratif et dans l’enseignement les langues coloniales, même si celles-ci étaient encore largement perçues comme un véhicule d’oppression.

Dans d’autres régions anciennement colonisées, notamment les Caraïbes, la reconstruction identitaire a pris une trajectoire différente. Beaucoup d’écrivains postcoloniaux écrivent dans les langues coloniales, et certains ont débuté leur carrière au temps de la colonisation. Tous, cependant, n’ont pas la même attitude vis-à-vis de cet héritage culturel colonial. Certains, comme l’écrivain algérien d’expression française, Malek Haddad considérait le français comme un  exil  et une source d’aliénation.