Les sirenes du desir PDF

Diffusé sur ARTE le 20 mars au soir, ce film de Jean-Paul Lilienfeld est les sirenes du desir PDF en salle le 25 mars, malheureusement distribué dans peu de cinémas en France. Il a déjà suscité de nombreux commentaires et prises de position. Je livre ici une analyse de ce film que je juge très important. On trouvera, au dessous, des analyses convergentes ou contradictoires de Christophe Chartreux et Ostiane Mathon.


D’autres analyses peuvent les compléter si vous souhaitez me les faire parvenir. La journée de la jupe est un film qu’il fallait faire. C’est une évidence qui s’impose quand on sort de la séance. Il pose de vraies questions et récuse toute interprétation manichéenne.

Certes, la réalisation manque un peu de moyens et d’originalité. Mais, après tout, le caractère de téléfilm, voire de série policière en prime time, n’a pas que des inconvénients : il donne aux événements décrits ici une sorte de banalité formelle qui souligne, par contraste, l’intérêt et la force du propos. Pourtant, dans ce cadre conventionnel, quelque chose nous explose à la figure qui touche à l’essentiel. Sonia Bergerac, professeur de français, exaspérée par le comportement de ses élèves, prend sa classe en otage.

Autour d’elle, le principal, ses collègues, la police, la ministre et les médias s’agitent. Leurs comportements sont stéréotypés au possible. Peu importe, il s’agit d’une fable et c’est la loi du genre : tout est poussé à la limite, jusqu’à la caricature. Ce qui, en effet, est au cœur du film, c’est la rage d’instruire de Sonia Bergerac face à ses élèves ainsi que les rapports que ces derniers entretiennent avec elle et entre eux. Je veux dire tout de suite que je comprends cette rage et que je crois même l’avoir vécue.

Il n’y a pas si longtemps, en effet, professeur de français en lycée professionnel, cherchant, comme Sonia Bergerac, à faire du théâtre avec mes élèves, je me souviens avoir essuyé des remarques, certes moins injurieuses et sexuées que celles du film, mais tout aussi pesantes et tout aussi capables de conduire un enseignant à l’exaspération. Rien de très nouveau, dans ce domaine, avec La journée de la jupe, pourrait-on penser. Quand la pédagogie échoue, le face-à-face se fait corps à corps et il y a toujours un mort au tapis. Un mort symbolique, la plupart du temps. L’humiliation ou la dépression dans le quotidien des collèges. La prise d’otages dans La journée de la jupe. Notre école, en effet, est devenue fragile parce que notre société est entrée dans le temps des incertitudes.

Il y a là une véritable brèche dans nos démocraties. Le problème devient d’autant plus difficile quand, comme c’est le cas, nous avons à nous faire pardonner nos fautes passées. On peut comprendre, dans ces conditions, que certains de nos contemporains croient pouvoir se réfugier dans des appels à une improbable restauration. Ils oublient que, selon la belle formule de Milan Kundera, « les nuages orangés du couchant éclairent toutes choses du charme de la nostalgie : même la guillotine. D’autres se réfugient dans la posture désormais la mieux portée chez les intellectuels : l’esthétique de la désespérance.

Le pédagogue, lui, ne se résigne pas. Il pense même, contre toute attente, que la situation actuelle pourrait bien être une chance et qu’elle porte en germe de quoi se remettre au travail, bien au-delà de l’école, dans la société tout entière, pour honorer notre « responsabilité à l’égard du futur » dont parle Hans Jonas. Anthropologique, en effet, est la question de la Loi : la Loi qui permet de sortir de la toute-puissance et de la jouissance immédiate et absolue. La Loi qui contraint à surseoir à la pulsion pour permettre l’émergence du désir.