Par le sang versé PDF

Union Minière partis par le sang versé PDF grève en 1941. Ces ouvriers avaient arrêté le travail pour réclamer des salaires décents.


Leur guerre a duré quinze ans, depuis les rives du Rhin ou de l’Oder en 1940 jusqu’à la cuvette de Diên Biên Phu en 1954. Soldats français en rupture de Vichy ou héros de la France libre, soldats de la Wehrmacht ou des marches de l’Est européen, génération broyée par un conflit planétaire, ils se sont tissés une aventure comme on joue une dernière carte. Loin d’être des héros de papier ou de cinéma, ils sont ici saisis dans le quotidien d’une guerre d’escarmouches, de coups de main, de traques, parfois sale, parfois glorieuse, toujours à recommencer. De l’arrivée de Leclerc au désastre de Cao Bang en 1950, de stratégies nouvelles en opérations de la dernière chance jusqu’à Diên Biên Phu, on voit ces hommes pister le train blindé de Hô Chi Minh, retrouver les réflexes de 1941, s’infiltrer parmi une population désemparée, céder à la fascination du Vietnam et y laisser une partie de leur âme. Paul Bonnecarrère fut correspondant de guerre en Indochine, à Suez et en Algérie.

Avant de raconter l’histoire de ce bain de sang, une suggestion me paraît ici de mise. Il est bon d’écrire l’histoire et encore mieux de la transposer sous une forme adaptée dans un musée, mais pour ancrer durablement dans la mémoire collective des événements autrement révélateurs et symboliques, il est nécessaire de la rendre visible dans l’espace public. Ce que la Belgique et ses alliés durant la Deuxième Guerre ont exigé comme effort de la part des Congolais fut impitoyable. Comme je l’écris ailleurs,  Pendant ces années de guerre l’Afrique centrale s’était transformée en un immense camp de forçats au service de l’industrie de guerre alliée . Durant la guerre, cette situation s’est aggravée. Le nombre de Congolais astreints au travail forcé, est passé de 480.

Mais le durcissement de l’exploitation prit encore d’autres formes, impactant la population toute entière. Ainsi le nombre de jours ouvrables durant lesquels chaque Congolais mâle adulte devait se consacrer à des  tâches de la communauté  passa de 60 à 120 jours par an. Je vais ici largement puiser dans le récit que fait Jules Marchal des évènements de 1941 dans son Travail forcé pour le cuivre et pour l’or. Pour les reconstituer, il se fonde sur le journal d’Amour Maron, gouverneur du Katanga à l’époque. Il en a trouvé une copie dans les archives du Consulat belge à Lubumbashi. J’y ajoute quelques autres données tirées de mes archives personnelles. A partir de 1928 l’Union Minière fit figure au Congo et en Europe d’employeur modèle, développant pour les travailleurs ses services médicaux et prenant en charge leur formation professionnelle au maniement de l’outillage et à son entretien.