Penser/Rêver, N° 25, printemps 2014 : L’intime et son spectacle PDF

Rohmer, en 2004, à la Cinémathèque française. Comme ses camarades de la Nouvelle Vague, Éric Rohmer a penser/Rêver, N° 25, printemps 2014 : L’intime et son spectacle PDF sa carrière dans le cinéma comme critique. Après avoir rédigé ses premiers articles à la fin des années 1940, il rejoint les Cahiers du cinéma peu après leur création au début des années 1950. Il est rédacteur en chef de la revue de 1957 à 1963.


L’intime est à la une ! Les « affaires » le montrent : l’intime est un dérangement spectaculaire – et du spectacle entre dans sa structure. N’aurait-il pas de consistance propre ? Et si l’on peut en faire un objet de communication, l’intime existe-t-il ? Pourtant le cabinet de l’analyste, l’atelier du peintre, le récit de l’écrivain accueillent une pure intimité, une scène secrète de la pensée et du coeur. Le transfert, le rêve sont chose privée. Le texte bien connu de Winnicott sur la capacité d’être seul – ce pourrait être le tableau d’une scène d’intérieur, puisqu’il s’agit d’être seul en présence de la mère – n’a-t-il pas pour enjeu la frontière de l’intimité ? Et si nos tableaux familiers, si paisibles, étaient aussi des scènes de genre intranquilles ? Et si l’intime était le spectacle qui en cache un autre, inquiétant ?

Cahiers du cinéma par Jacques Rivette en 1963, il travaille pour la télévision scolaire, pour laquelle il réalise des films pédagogiques. Son cinéma se caractérise à la fois par l’importance du thème des rencontres amoureuses et de la séduction, par l’écriture et l’importance de ses dialogues, et par une grande économie de moyens. Malgré sa notoriété, Rohmer a souvent tourné dans des conditions proches de l’amateurisme avec une équipe technique légère et une caméra 16 mm. Il est scolarisé à l’école élémentaire Sévigné à Tulle puis au lycée Edmond-Perrier. Dès son enfance, il est déjà un grand lecteur et apprécie notamment Jules Verne, la comtesse de Ségur ou encore Erckmann et Chatrian. En septembre 1937, Maurice Schérer est admis en hypokhâgne au lycée Henri-IV à Paris.

En mai 1940, Maurice Schérer est mobilisé dans l’armée française. Il arrive le 9 juin à la caserne de Valence. Il est démobilisé le 22 juillet sans avoir été envoyé au front mais reste mobilisé dans un  groupement de jeunesse . 1944 son premier et unique roman, Élisabeth. De 1947 à 1951, il anime le ciné-club du Quartier latin rue Danton avec Frédéric Froeschel.

La Gazette du cinéma ne compte que cinq numéros mais constitue pour ceux qui y participent une première expérience critique importante. André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze créent les Cahiers du cinéma en 1951. Les jeunes critiques ont en commun un goût pour Howard Hawks et Alfred Hitchcock. Ils refusent de juger un film sur son scénario et s’intéressent avant tout à la mise en scène. Ils défendent aussi la  politique des auteurs . Au sein du groupe des futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague, Maurice Schérer fait figure de grand frère. Présentation ou Charlotte et son steak, tourné en 1950, n’est sonorisé qu’en 1960 avec les voix d’Anna Karina, Jean-Luc Godard et Stéphane Audran.

Il écrit aussi le scénario de Tous les garçons s’appellent Patrick ou Charlotte et Véronique, un court métrage réalisé par Jean-Luc Godard en 1958. En tant que rédacteur en chef de la revue, on lui reconnaît une certaine ouverture d’esprit. Pierre Cottrell explique :  Le Signe du lion a mis trois ans à sortir et a été un échec cuisant. Barbet Schroeder a créé avec Éric Rohmer et Pierre Cottrell les Films du Losange. Il joue aussi le rôle principal dans La Boulangère de Monceau. Avec Barbet Schroeder, il tourne les deux premiers films de la série des Contes moraux : La Boulangère de Monceau et La Carrière de Suzanne, en amateur.

Dans La Boulangère de Monceau, le narrateur aborde une jeune femme qui lui plaît puis constatant son absence, commence à séduire la boulangère, mais quand la jeune femme réapparaît, il abandonne sans hésiter la boulangère. Dans La Carrière de Suzanne, Bertrand, amoureux de Sophie, hésite à lui préférer Suzanne. Pour Rohmer, l’expression  conte moral  doit être entendue au sens littéraire du terme :  Du point de vue de la littérature, le moraliste est celui qui autrefois étudiait les mœurs et les caractères. Entrevus sous cet angle, mes films traitent de certains états d’âme. En 1964, pour le tournage du court métrage Nadja à Paris, qui fait le portrait d’une étudiante américaine qui découvre Paris, il commence à travailler avec le chef opérateur Néstor Almendros. En 1966, après avoir échoué à la commission d’avance sur recettes pour Ma nuit chez Maud, le troisième volet des Contes moraux, il tourne en amateur La Collectionneuse, initialement conçu comme le quatrième volet de la série. Rohmer monte une première version muette et noir et blanc et Barbet Schroeder montre cette version à différents producteurs.