Théologie orthodoxe & science: Les défis théologiques de la recherche (Théologie orthodoxe et science t. 3) PDF

Religion et environnement : quels défis spirituels pour aujourd’hui ? L’écologie et le rapport à la Création prennent une place de plus en plus importante dans la réflexion chrétienne. Un de ses principaux représentants, le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople, vient de tenir à l’Institut catholique de Théologie orthodoxe & science: Les défis théologiques de la recherche (Théologie orthodoxe et science t. 3) PDF un discours entièrement consacré à la question.


Les temps que nous vivons nous paraissent revêtir une importance historique: d’une part, le renouveau d’intérêt pour la théologie patristique a mis en valeur l’attitude des Pères de l’Eglise par rapport aux connaissances profanes, et au-delà de quelques actualisations nécessaires, celle-ci garde toute sa valeur; d’autre part, le changement de paradigme en train de se produire dans certaines disciplines scientifiques scelle le dépassement du scientisme et du positivisme qui empoisonnaient de leur idéologie les relations science-religion à l’époque des Temps Modernes. La prise de conscience actuelle des limites épistémologiques à l’intérieur même de la démarche scientifique configure une science beaucoup plus humble et plus ouverte au dialogue. D’après nous, deux directions majeures nous interpellent sur la relation entre théologie orthodoxe et science: au sein des préoccupations théologiques de recherche, et, respectivement, au sein des préoccupations scientifiques de recherche.

C’est un grand honneur que l’Institut Catholique de Paris fait ce soir à notre humble personne en nous décernant ce doctorat honoris causa. Notre Église a pris de multiples initiatives en matière d’environnement. Ce qui nous entoure » est précisément le sens du mot « environnement » qui figure dans l’intitulé de notre intervention de ce soir. Il présuppose que nous sommes entourés de quelque chose. En effet, depuis notre naissance, nous sommes entourés d’hommes et de femmes qui nous éduquent et nous élèvent. Mais nous sommes aussi entourés par la terre et l’air, par le soleil et la mer, par la faune et la flore. Aux yeux de certains écologistes, l’homme est classé dans l’écosystème naturel en tant qu’égal aux autres animaux.

Une telle approche s’oppose à l’approche anthropocentrique judéo-chrétienne. Elle s’explique soit par un rejet de Dieu et de la perspective de la divinisation de l’homme, soit par une mauvaise interprétation du commandement donné à l’homme de dominer le monde qui peut conduire à une exploitation destructrice des ressources naturelles. Il nous semble important, dans la théologie chrétienne, de distinguer les êtres humains du reste de la création, afin de reconnaître la place et la responsabilité unique qu’a reçues l’homme au sein de la création par rapport au Créateur. Dans cette perspective anthropocentrique qui provient de la Révélation divine telle que transmise par les écritures judéo-chrétiennes, l’homme est considéré comme l’intendant de la création. Nous touchons ici à la spécificité de la spiritualité chrétienne qui devrait distinguer notre attitude chrétienne face à la crise environnementale des mouvements écologistes contemporains.

La différence ne réside pas tant dans le degré de désir de préservation et de protection des ressources naturelles du monde, qui devrait être la priorité de tous les hommes, qu’ils soient des chefs politiques ou de simples citoyens. De là découlent les défis spirituels que nous lance, aujourd’hui, la crise environnementale. Nous nous pencherons ce soir sur quatre problèmes cruciaux : la surexploitation des ressources naturelles, le consumérisme, le gaspillage et la pollution. Nous les aborderons d’un point de vue spirituel en évoquant la sacramentalité du monde, l’attitude eucharistique, l’ethos ascétique et l’esprit de solidarité qui découlent de notre foi chrétienne. L’environnement naturel ne doit jamais être considéré de manière étroite, mais dans une perspective beaucoup plus large. Une vision spirituelle du monde matériel l’envisage toujours en relation avec le Créateur, ce qui n’est pas sans conséquences pour notre appréciation chrétienne de problèmes environnementaux tels que la menace de la surpêche océanique, la désertification, l’endommagement des récifs coralliens ou la destruction de la faune et de la flore. Malheureusement, dans notre théologie scolaire, nous avons été amenés à considérer les sacrements d’une manière étroite, en les réduisant à des rituels religieux communautaires.

Or, à notre époque de la crise environnementale, il est indispensable d’étendre le principe sacramentel au monde entier afin de reconnaître ainsi que rien dans la vie n’est séculier ni profane. Nous confessons tous dans le Credo que tout a été créé par Dieu. Une vision sacramentelle du monde nous révèle l’intimité de Dieu et du monde, intimité qui a été perdue à cause du péché. Une telle approche nous permet d’envisager le monde et la vie comme quelque chose de mystérieux ou de sacramentel, puisque le mystère réside précisément dans la rencontre de l’humanité et de la création avec le Dieu Créateur. C’est cette même vision qui permit au grand écrivain russe, F.

Cette vision de la création nourrie par notre expérience liturgique permet d’envisager la question environnementale de manière nouvelle et de formuler une réponse appropriée en reconnaissance du don de la création matérielle qui implique une utilisation responsable et adéquate du monde créé. En tant que don de Dieu à l’humanité, la création devient notre compagne donnée pour vivre en harmonie et en communion avec elle et les autres. Au sein d’un environnement naturel irréprochable, l’humanité découvre une paix profonde et un repos spirituel. Afin de remédier à la surexploitation des ressources naturelles qui mine notre planète et engendre sa pollution, la vision sacramentale de la création invite l’homme à revenir à un mode de vie « eucharistique » et « ascétique », ce qui veut dire être reconnaissant, rendre grâce à Dieu pour le don de la création en étant un intendant respectueux et responsable de la création. En cultivant un « esprit eucharistique », la spiritualité de l’Église orthodoxe souligne que le monde créé n’est pas notre possession, mais un don du Dieu Créateur, un don d’émerveillement et de beauté. La réponse appropriée pour l’homme qui reçoit un tel don est de l’accepter et l’embrasser avec gratitude et action de grâce.

L’action de grâce souligne la vision sacramentelle du monde. L’exploitation abusive des ressources du monde n’est que la répétition du « péché originel » d’Adam et ne correspond nullement à l’attitude eucharistique que nous devons entretenir face à ce merveilleux don de Dieu. Ils sont le résultat de l’égoïsme et de l’avidité qui provient d’une aliénation de Dieu et d’un abandon d’une vision sacramentelle du monde. L’exploitation illimitée des ressources naturelles conduit au consumérisme qui est si caractéristique de notre monde contemporain ainsi transformé en société de convoitise. En effet, celui-ci ne consiste pas à satisfaire les besoins vitaux de l’homme, mais ses désirs sans cesse grandissants et sans fin que cultive notre société de consommation, qui fait de la richesse une idole et qui promeut l’acquisition et l’accumulation de biens.

Or, nous oublions trop souvent que l’homme n’est pas seulement un être logique ou politique, mais qu’il est avant tout une créature eucharistique, capable de gratitude et dotée du pouvoir de bénir Dieu pour le don de la création. Un esprit eucharistique implique donc d’utiliser les ressources naturelles du monde avec un esprit de reconnaissance, les offrant en retour à Dieu. En vérité, en plus des ressources de la terre, nous devons aussi nous offrir à lui. Cet esprit eucharistique cultive en nous un esprit ascétique.

La spiritualité orthodoxe nous rappelle que tout ce dont nous sommes en possession est un don de Dieu. C’est la lutte pour la modération et la maîtrise de soi, lorsque nous ne consommons pas n’importe quel bien de manière impulsive, mais manifestons plutôt un sens de frugalité et d’abstinence de certains biens. La protection et la modération sont toutes deux des expressions d’un amour envers l’humanité tout entière et pour l’ensemble de la création naturelle. La pratique du jeûne à laquelle nous invite la vie spirituelle dans l’Église orthodoxe est une autre façon de rallier le ciel et la terre. C’est une façon de reconnaître les résultats catastrophiques d’une fausse spiritualité qui a fait fausse route. Les premiers ascètes avaient une grande estime du jeûne, et les moines contemporains en font autant. Le jeûne implique un sens de liberté.