Touche-touche la ferme PDF

Edition régulière d’un bulletin traitant de l’histoire, des coutumes et de l’actualité. La prison de Sainte Ménehould après la révolution. Un Drouet peut en cacher un autre. Le 6 touche-touche la ferme PDF 1918 dans les Ardennes.


Si la grande guerre a profondément marqué l’histoire de notre nation, elle a particulièrement touché la terre champenoise. Ainsi elle a englouti, sur un espace de 14 000 hectares, cinq villages et deux fermes, définitivement « rayés de la carte », là où s’est installé le camp militaire de Suippes. Ripont à Rouvroy, Perthes-les-Hurlus à Souain, Hurlus à Wargemoulin et Le Mesnil-les Hurlus à Minaucourt. Par contre, la ferme de Beauséjour, située à quelques kilomètres du restaurant « Le Pont de Marson », rattachée à la Commune de Minaucourt n’a pas vu son nom pérennisé.

Avant la guerre, Beauséjour était à une simple ferme construite en 1825 le long du chemin reliant Minaucourt au Mesnil-les-Hurlus, par François Étienne BRACHET, originaire de ce village. Elle était bien nommée car elle se situait en un lieu accueillant et paisible, abrité du vent du nord par la croupe vallonnée qui descend de la « butte du Mesnil » et qui domine le ruisseau de Marson, aux eaux vives et claires. En 1860, l’empereur Napoléon III décernait une médaille d’or pour récompenser le caractère exemplaire de cette nouvelle implantation. La vie s’écoulait paisiblement à Beauséjour et plusieurs familles avaient rejoint le site qui comptait à l’entrée en guerre cinq bâtiments lui conférant la dénomination de hameau. Mais la retraite de la Marne est arrêtée le 14 septembre 1914, et les Allemands campent sur la ligne Souain, Perthes, Le Messin, Hurlus, Beau-Séjour, Massiges. Les combats reprennent, aux premières lueurs du jour, le 7ème régiment d’infanterie, en liaison à droite avec le Corps Colonial engagé sur Massiges, essayait à nouveau d’aborder le Marson.

Mais la résistance ennemie s’était organisée. Compagnie par compagnie, les troupes françaises, alors qu’elles approchaient du ruisseau, fondaient sous le feu des mitrailleuses et des tirailleurs ennemis abrités dans les tranchées aménagées sur la croupe nord de Beauséjour. Les pertes devenaient sévères, l’attaque était arrêtée. Elle reprenait, de nuit, à 22 heures. Les éléments de quatre régiments y participaient. A nouveau pris sous le feu ennemi, les soldats français ne pouvaient franchir le Marson.

La ferme sera reprise par les coloniaux, lors de violentes attaques le 26 septembre 1914. Des centaines de « marsouins » seront tués dans les affrontements. Le champ de bataille se rétablira à quelques mètres au-dessus de Beauséjour, face au nord. Une nouvelle attaque débute le 20 décembre 1914, exécutée par des bataillons des 7ème, 22ème et 33ème R. La ligne de front progressera au fil des mois par actions de « grignotage », mais les Allemands avaient organisé et fortifié un lacis de tranchées sur la hauteur, à 1500 mètres au nord de cette ferme. Cette position, formidablement protégée, à laquelle se heurteront les marsouins et fantassins le premier trimestre 1915 sera baptisée « Fortin de Beauséjour ». Ce bastion sera pris et repris 7 fois entre mi-février et mi-mars 1915.