Vers une démocratie désenchantée ? : Marcel Gauchet et la crise contemporaine de la démocratie libérale PDF

Une réorganisation et une clarification du contenu paraissent nécessaires. Il est issu d’un milieu modeste : son père, un gaulliste inconditionnel, est cantonnier et sa mère couturière. Son enfance est marquée par le poids de la nation et vers une démocratie désenchantée ? : Marcel Gauchet et la crise contemporaine de la démocratie libérale PDF la République.


Il y a un peu plus de vingt ans, Marcel Gauchet livrait ses réflexions sur le long et lent processus de désenchantement du monde qui, de l’intérieur même de la compréhension religieuse du monde, a abouti à l’affirmation de l’autonomie humaine et à la prise en main par les hommes de leur destin collectif. Cette thèse a fait l’objet de nombreuses discussions et controverses qui portaient sur la validité de la reconstruction historique générale, sur la méthode guidant cette dernière, et enfin sur la vérité du diagnostic final. Ces questions ont leur intérêt et ont été déjà vivement débattues. Ce livre sur et à partir de la pensée de Gauchet sera toutefois différemment orienté. Il porte davantage sur les effets du désenchantement sur la démocratie elle-même que sur l’origine du désenchantement du monde. Il semble en effet que la démocratie contemporaine, en gros la démocratie des individus et des identités, subisse à son tour les effets du désenchantement et qu’elle tende à devenir une démocratie « contre elle-même ». C’est du moins dans ce sens que l’on pourrait lire les ouvrages plus récents de Gauchet, La religion dans la démocratie (1998), La démocratie contre elle-même (2002) et La condition politique (2007). L’avènement de cette démocratie désenchantée ouvre tout un ensemble d’interrogations qui seront au coeur de cet ouvrage : un tel diagnostic est-il juste ? Jusqu’à quel point la démocratie peut-elle se retourner contre elle-même ? Un régime politique qui effacerait toute trace de croyable est-il possible ? Comment la démocratie doit-elle réagir devant les tentatives idéologiques de réenchantement du monde ? Quelles seraient les ressources internes à la démocratie pour corriger les excès provoqués par son propre désenchantement ?

Dans un monde rural encore marqué grandement d’une tradition agricole et religieuse typique de l’ouest de la France, la chance que j’ai eue, c’était de bénéficier d’une école qui marche. Je suis un typique produit de la méritocratie républicaine à une époque où elle fonctionnait à peu près . En parallèle, il reçoit une éducation catholique et devient enfant de chœur. En 1961, âgé de quinze ans, il entre à l’École normale d’instituteurs de Saint-Lô, puis reçoit une formation de professeur des collèges. Par la suite, il rejoint le lycée Henri-IV à Paris afin de préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud. Après deux ans d’activité en qualité de professeur des collèges, il prend une disponibilité pour entreprendre des études universitaires. En 1966, Marcel Gauchet fait la connaissance de Claude Lefort, son professeur à l’université de Caen de 1966 à 1971.

Il cherche alors à radicaliser sa rupture avec la vulgate marxiste et considérait que Claude Lefort restait trop attaché à Karl Marx, qui représentait encore l’essentiel de son enseignement. Mai 68 comble de joie Marcel Gauchet, qui a immédiatement vu dans le mouvement l’expression même de ce qu’il pensait depuis un moment :  Je l’ai vécu dans le bonheur et l’enthousiasme, naturellement. Il participe pleinement au mouvement dans sa composante dominante, spontanéiste, et assure la navette régulière entre Caen et Paris. Mais l’après-mai est pour lui plus douloureux. En 1970, Marcel Gauchet fait la connaissance de Marc Richir qui s’occupe d’une petite revue d’étudiants de l’Université de Bruxelles, Textures. Lieu de la pensée , L’Arc, no 46, p. La même année, il publie dans Textures un article intitulé  Sur la démocratie : le politique et l’institution du social .