Vocabulaire européen des philosophies : Dictionnaire des intraduisibles PDF

Plafond de la chapelle Sixtine, dans la cité du Vatican. L’art est une activité, le produit de cette activité ou l’idée que l’on s’en fait s’vocabulaire européen des philosophies : Dictionnaire des intraduisibles PDF délibérément aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intellect. Les Attributs de la peinture, de la sculpture et de l’architecture par Anne Vallayer-Coster, musée du Louvre. Effectivement, les définitions de ce concept varient largement selon les époques et les lieux, et aucune d’entre elles n’est universellement acceptée.


L’un des problèmes les plus urgents que pose l’Europe est celui des langues. On peut choisir une langue dominante, dans laquelle se feront désormais les échanges, ou bien jouer le maintien de la pluralité, en rendant manifestes le sens et l’intérêt des différences. Ce Vocabulaire s’inscrit dans la seconde optique. Il a l’ambition de constituer une cartographie des différences philosophiques européennes, en capitalisant le savoir des traducteurs. Il explore le lien entre fait de langue et fait de pensée, et prend appui sur ces symptômes que sont les difficultés de passer d’une langue à l’autre – avec mind, entend-on la même chose qu’avec Geist ou qu’avec esprit ? Pravda, est-ce justice ou vérité ? Et que se passe-t-il quand on rend mimêsis par imitation ? Chaque entrée part ainsi d’un fait d’intraductibilité, et procède à la comparaison des réseaux terminologiques, dont la distorsion fait l’histoire et la géographie des langues et des cultures. C’est un instrument de travail d’un type nouveau, indispensable à la communauté scientifique élargie qui cherche à se constituer, en même temps qu’un guide de l’Europe philosophique pour les étudiants, les enseignants, les chercheurs, les curieux de leur langue et de celles des autres.

C’est pourquoi les collections de productions artistiques peuvent être classées et appréciées diversement selon les cultures, les auteurs, les institutions et les époques. Un tel phénomène incite à donner des repères et à ne pas appliquer la notion occidentale d’ art  à l’ensemble de ce qui a une visée esthétique sur tous les continents. La Joconde, Léonard de Vinci, musée du Louvre. Selon le Dictionnaire des concepts philosophiques, p. Voir aussi Dominique Chateau,  Art , dans Vocabulaire européen des philosophies : dictionnaire des intraduisibles, dir. Pompéi, Maison VII, 2, 6 : Paquius Proculus et son épouse. Depuis au moins l’Antiquité, la philosophie s’interroge sur la nature de l’art.

Platon dans l’Ion et l’Hippias majeur ou Aristote dans la Poétique s’interrogent sur l’art en tant que beau. La civilisation romaine ne distingue pas non plus clairement le domaine de l’art de celui des savoirs et des métiers bien que Cicéron et Quintilien y aient contribué par leurs réflexions. L’art est le système des enseignements universels, vrais, utiles, partagés par tous, tendant vers une seule et même fin. Lorsque le mot est employé, il lui est généralement attaché une épithète qui le précise pour former des expressions telles que  arts libéraux ,  arts mécaniques ,  art militaire , etc. Jusqu’à la Renaissance, il n’y a pas de différence précise entre l’artiste et l’artisan : on appelle  artiste  un artisan dont la production est d’une qualité exceptionnelle.

C’est alors que le sens maintenant familier du mot  art  commence à se dégager : non seulement de nombreuses techniques s’en séparent, mais de plus, après la découverte des règles de la perspective, l’aspect visuel y prendra une importance croissante. C’est du siècle des Lumières que date la notion d’art aujourd’hui communément admise. Partant d’une réflexion sur les sens et le goût, une conception basée sur l’idée de beauté finit par s’établir. Il conteste en particulier l’existence d’une essence de l’art qui se retrouverait à travers les âges et les civilisations, et donc le rêve d’une définition universelle. C’est pourquoi le discours européen contemporain sur l’art comporte un risque d’anachronisme dans la mesure où, selon ce discours, l’art impliquerait une intention qui n’existe pas forcément en d’autres époques ou en d’autres lieux.

L’introduction d’une hypothèse d’art inconscient ou involontaire pourrait permettre de contourner ce type de difficultés. Elle indique, sans se vouloir pourtant exhaustive, que les principaux arts sont au nombre de cinq : architecture, sculpture, peinture, musique, poésie. Dans cette optique naturaliste, qui considère l’art comme une constante de l’humain, elle décrit les instances qui dévoilent l’ essence  de l’art à travers les différentes époques. Mais cette hypothèse d’une autonomie des phénomènes artistiques et de leur développement intelligible a été progressivement délaissée au profit d’une vision beaucoup plus contextualisée et sociale. Dans ce cadre, l’histoire de l’art ne peut évidemment se construire qu’en tenant compte des évolutions de la notion d’art et elle est par conséquent sans cesse à reconstruire. Une autre difficulté est liée au fait que relater les évolutions de l’art nécessite de procéder à des regroupements, le plus souvent par aires géographiques et par périodes historiques.

Or la pertinence de telles délimitations est toujours à relativiser : à quel moment, par exemple, séparer l’Antiquité tardive du Moyen Âge ? La notion d’art, qu’il s’agisse de l’art nègre, de l’art crétois ou de l’art impressionniste, reste à la fois imprécise, ineffable et irritante. L’art, c’est ce qui maintient vivante l’idole morte en tant qu’idole. Si l’on considère que l’art consiste à bâtir, à sculpter, à réaliser des motifs ornementaux, l’existence d’un art préhistorique semble indiscutable. Enfin, si l’on considère, plus généralement, que l’art consiste à s’adresser aux sens et aux émotions de ceux qui en sont les spectateurs, il est difficile de ne pas qualifier d’artistes les auteurs d’un certain nombre de productions préhistoriques, comme les célèbres fresques de la grotte de Lascaux. Quelle était la fonction exacte des sculptures et des peintures réalisées par ces artistes ? Nous ne le savons pas avec certitude, même si les hypothèses de fonctions rituelles, magiques, symboliques ou d’enseignement ont souvent été envisagées.

Illustration des arts africains dans l’encyclopédie suédoise Nordisk familjebok. L’Afrique recèle d’innombrables arts locaux qui reflètent une grande variété de cultures qui ne cessent d’évoluer au fil du temps. De nos jours, la plupart des œuvres africaines appartiennent à des collectionneurs privés, car, dans le passé, les musées ont négligé cet art. Le masque en bois, qui représente le plus souvent un esprit a longtemps été considéré comme l’objet typique qui symbolisait le mieux l’art africain. C’est l’une des œuvres majeures de l’art islamique en Afrique du Nord. L’exemple du continent asiatique montre bien la difficulté d’établir des classifications d’histoire de l’art basées sur des continents et des périodes historiques.